Le plus-que-parfait français et l’antepréteritum slovaque : une correspondance temporelle oubliée[1]
https://orcid.org/0000-0003-4653-6241
Université Comenius de Bratislava
zuzana.puchovska@uniba.sk
RÉSUMÉ
Dans cet article sont examinées les affinités fonctionnelles qui existent entre le plus-que-parfait français et l’antepréteritum slovaque. Puisque ce temps slovaque est considéré par les linguistes comme un temps périphérique, il est absent des études contrastives concernant l’expression du passé. Or, les récentes études et les analyses de corpus sur l’antepréteritum montrent que ce temps n’est pas tout à fait éteint. Dans cette perspective, on s’intéresse d’abord à la terminologie grammaticale concernant les deux temps qui témoigne d’une certaine non-correspondance formelle ainsi que notionnelle. Ensuite, le propos se focalise sur la fonction aspecto-temporelle évaluée comme identique pour les deux temps et sur l’importance de ce fait pour la traduction vers le slovaque. Face au plus-que-parfait sont, enfin, mis en exergue les aspects spécifiques de l’antepréteritum en slovaque actuel qui lui assigneraient le rôle d’un équivalent fonctionnel dans le processus de traduction.
MOTS-CLÉS – antepréteritum, plus-que-parfait, terminologie, correspondance, traduction, emploi marqué
The French Plus-Que-Parfait and the Slovak Antepréteritum: a Forgotten Temporal Correspondence
SUMMARY
This article examines the functional affinities between the French plus-que-parfait and the Slovak antepréteritum. Since this Slovak tense is considered by linguists as a peripheral tense, it is absent from contrastive studies concerning the expression of the past. However, recent studies and corpus analyses of antepréteritum show that this tense is not completely extinct. From this perspective, we look first at the grammatical terminology of the two tenses, which shows a certain formal and notional non-correspondence. We then focus on the aspect and temporal function, which is evaluated as identical for both tenses, and on the importance of this fact for translation into Slovak. Finally, in relation to the plus-que-parfait the specific aspects of the antepréteritum in modern Slovak, which would assign it the role of a functional equivalent in the translation process, are highlighted.
KEYWORDS – antepréteritum, plus-que-parfait, terminology, correspondence, translation, marked use
1. Introduction
Le présent article[2] se donne pour objectif de mettre en correspondance fonctionnelle deux temps du passé, le plus-que-parfait français (désormais PQP) et l’antepréteritum slovaque (désormais APRET), dont les fonctionnements semblent à première vue tout à fait similaires, l’APRET étant le seul équivalent direct des temps du passé en français (Taraba, 1995). En effet, les deux temps désignent au passé une action achevée et antérieure à une autre action. Or, cette correspondance fonctionnelle se voit très rapidement remise en question d’abord par le simple fait que le temps slovaque se trouve à la périphérie du système temporel du slovaque, il est très peu utilisé activement à l’oral comme à l’écrit. Les locuteurs slovaques ne le maîtrisent plus et peuvent facilement faire des erreurs morphosyntaxiques en voulant utiliser cette forme verbale. D’ailleurs, la plupart des linguistes slovaques considèrent l’APRET comme un temps archaïque et stylistiquement marqué, et comme un temps remplaçable par le prétérit, c’est-à-dire le seul temps du passé qui est activement utilisé en slovaque contemporain (Damborský, 1930 ; Horecký, 1947 ; Pauliny, 1981 ; Sokolová, 2009 ; Žigo, Sokolová, 2014 ; Múcsková, 2016, etc.). Plus précisément, Sokolová (2009 : 79), par sa recherche quantitative et qualitative sur le couple aspectuel robiť – urobiť (le verbe faire dans sa forme imperfective et perfective) qu’elle avait effectuée dans le corpus national de la langue slovaque[3], montre l’absence totale de la forme de l’APRET pour ce couple. Elle ajoute que la requête concernant tous les verbes dans ce corpus n’a donné au total que 23 occurrences pour l’APRET de forme imperfective et 47 occurrences pour l’APRET de forme perfective[4]. Sokolová (2009 : 79-80) propose quatre raisons au déclin de l’APRET dans l’usage des locuteurs slovaques. Il est important de les évoquer brièvement car elles définissent clairement le contexte disons « défavorable » dans lequel nous voudrions placer notre réflexion. La première raison que l’auteure propose concerne le fait que l’idée de l’antériorité, fonction primaire de l’APRET slovaque, peut être facilement exprimée lexicalement, notamment par les adverbes de temps :
Vstúpil do triedy, v ktorej bol vyučoval. = Vstúpil do triedy, v ktorej predtým vyučoval.
[Il est entré dans la classe où il avait enseigné. = Il est entré dans la classe où il a enseigné avant.]
Ensuite, elle constate qu’en slovaque la succession des actions peut être interprétable et logique à partir du contexte, l’APRET n’étant ainsi pas nécessaire :
Vedela o všetkom, čo sa bolo stalo. = Vedela o všetkom, čo sa stalo.
[Elle était au courant de tout ce qui s’était passé. = Elle était au courant de tout ce qui s’est passé.]
Quant à la troisième raison, Sokolová montre que même si l’APRET véhicule selon certains linguistes (notamment Horák, 1993) une valeur très particulière, à savoir que le temps exprime le résultat de l’action au passé, cette valeur est dans le corpus reprise par les constructions résultatives :
Jano bol už vyhladol po celom dni. = Jano bol vyhladnutý po celom dni.
[À la fin de la journée, Jano avait eu faim. = À la fin de la journée, Jano était affamé.]
Enfin, la linguiste estime que l’emploi de l’APRET ressenti comme marqué dans la langue est également la raison de son déclin dans l’usage des locuteurs slovaques. Ces quatre raisons sont à la fois morphosyntaxiques, sémantiques et stylistiques, et nourrissent le phénomène complexe du changement linguistique dans l’évolution d’une langue. L’APRET a fonctionné dans la première moitié du XXe siècle comme constituant à part entière du système verbal slovaque, utilisé à l’écrit et à l’oral. Comme les changements linguistiques dépendent en grande partie (mais pas uniquement) des locuteurs de la langue (Múcsková, 2016), l’APRET est devenu une entité langagière redondante puisqu’il existe, comme constaté par Sokolová, d’autres moyens langagiers qui expriment les valeurs de ce temps. En revanche, le fonctionnement du PQP français ne connaît pas ce type de contraintes d’emploi et appartient pleinement au système des temps du passé. La correspondance entre les temps français et slovaque est remise en question également par le terme antepréteritum[5] lui-même qui n’est pas l’équivalent direct du terme plus-que-parfait. Le temps slovaque peut être désigné également par le terme pluskvamperfektum qui coexiste dans la description grammaticale avec le terme antepréteritum, ce qui peut traduire une certaine difficulté pour la comparaison des deux temps en question. Nous y reviendrons plus loin.
En conséquence, dans le contexte que nous venons d’établir, où l’APRET slovaque perd en fait son statut grammatical et ses fonctions, il est légitime de s’interroger sur le bien-fondé de notre volonté de mettre en correspondance ces deux temps. En effet, puisque l’APRET ne s’utilise plus activement en slovaque, la comparaison avec le PQP semblerait artificielle. Or, ce qui nous a incitée à examiner plus en profondeur le potentiel de l’APRET slovaque comme équivalent du PQP français, notamment dans le processus de traduction vers le slovaque, ce sont les analyses de l’APRET réalisées par deux linguistes slovaques : Stašková (2011) et Kesselová (2021 et 2022), qui ont montré une certaine vivacité du temps dans l’usage, ainsi que son importance pour le système verbal du slovaque. Ainsi, Stašková, après une analyse très poussée de l’APRET, où elle examine sa fréquence et son utilisation avec différents types de verbes, l’ordre des mots, le genre et le type de texte, conclut (2011 : 171) :
[...] bien qu’il s’agisse d’un phénomène marginal, [ce temps] possède une grande variété d’utilisations dans différents contextes et il vaut la peine d’y prêter attention dans une description exhaustive de la langue. La fréquence absolue et relative a été la plus élevée dans les textes littéraires et spécialisés. Il s’agit d’une forme verbale qui peut à l’écrit et à l’oral « animer » les textes de tous les styles. [...] il ne s’agit pas seulement d’une forme livresque, l’utilisation de l’APRET ne devrait pas être ainsi sous-estimée ou négligée, [ce temps] devrait plutôt être utilisé pour exprimer la diversité des relations temporelles et pour enrichir la langue slovaque[6].
L’étude de Kesselová se focalise sur l’APRET dans plusieurs types de discours ; elle travaille avec quatre sous-corpus qui lui permettent d’analyser les textes littéraires, spécialisés et journalistiques ainsi que les discours oraux. Son étude montre que l’APRET est une forme verbale qui, malgré sa fréquence peu élevée, reste une forme légitime dans le système temporel du slovaque. D’ailleurs, la linguiste constate des emplois pragmatiques de l’APRET dans des structures inédites pour exprimer l’ironie, la plaisanterie, le comique, le style personnel et même l’égocentrisme dans le discours (Kesselová, 2022 : 58).
Dans cette perspective, cette fois-ci plutôt optimiste quant au destin de l’APRET en langue slovaque, nous voudrions réfléchir sur les correspondances possibles entre le temps slovaque et le PQP français ainsi que sur leurs caractères spécifiques. Ce qui nous semble intéressant, c’est notamment le potentiel pragmatique et stylistique de l’APRET dans le processus de traduction vers le slovaque. Nous examinerons donc d’abord la problématique de la terminologie grammaticale liée à l’appellation des deux temps en question, ensuite nous mettrons en évidence les correspondances fonctionnelles des deux temps, et enfin nous envisagerons le fonctionnement spécifique de l’APRET slovaque par rapport au PQP en tant qu’équivalence fonctionnelle dans le processus de traduction.
2. Questions de terminologie grammaticale : entre correspondance et non-correspondance
Selon Vojtek, l’évolution, la diffusion et la mise en pratique de la terminologie grammaticale française et slovaque ne sont pas en principe comparables car régies par « une tradition scolaire et lexicographique différente dans les deux pays, ainsi que par le système éducatif qui est loin d’être le même » (2024 : 107). Cette incompatibilité entre les deux terminologies se traduit entre autres par la synonymie que l’auteur situe sur « l’axe domestique – international (D/I) » (Vojtek, 2024 : 110) et dont la représentation diffère dans les deux langues :
En effet, la congruence formelle des termes français fait que la synonymie D/I est presque nulle en français et que la grande majorité de termes sont issus directement du latin, dont ils ont hérité non seulement la forme, mais ils ont également véhiculé leurs concepts originaux (nomen – nom, nomen substantivum – substantif, etc.). Par contre le parcours lexical des termes internationaux slovaques, eux aussi issus du latin et de la tradition grammaticale latine, est différent, car ils sont directement empruntés au latin avec une légère adaptation morphologique, phonétique et orthographique (substantívum, predikát, gradácia, etc.). Les synonymes domestiques d’origine slave sont formellement des mots slovaques, souvent calqués (sinon littéralement traduits) sur les bases latines [...].
L’observation formulée ci-dessus est bien visible dans le cas de la non-correspondance quantitative entre les termes français et slovaques qui désignent le temps verbal étudié. Pour le terme français plus-que-parfait, on observe six termes slovaques : Vojtek (2020) en propose 5, nous ajoutons encore un autre terme qui date du XIXe siècle et qui est employé par le linguiste slovaque Štúr dans sa description de la langue slovaque Náuka reči slovenskej[7] (1846). Le tableau 1 résume cette non-correspondance terminologique[8] :
| Français | Slovaque |
|---|---|
| plus-que-parfait |
úplňe minulý čas ‘le temps situant l’action entièrement au passé’
(Štúr, Náuka reči slovenskej, 1846 : 169) Vojtek (2020 : 76) mentionne : dávnominulý čas ‘le temps du passé lointain’ predminulý čas ‘le temps passé situant l’action avant une autre action’ pluskvamperfektum plus quam perfectum antepréteritum |
On note alors une synonymie abondante avec trois termes slovaques et trois termes empruntés au latin adaptés ou non à l’orthographe slovaque. Les emprunts sont liés notamment à l’évolution historique de la langue slovaque et de son système verbal. Nous décrirons brièvement ce système verbal en évolution car c’est dans un état plus ancien du slovaque qu’il est possible de voir une nette correspondance au niveau terminologique et fonctionnel du PQP et de l’APRET. Nous pensons ici notamment au système verbal de la langue slovaque des IXe et Xe siècles, l’étape où le vieux slovaque contient le paradigme des temps du passé hérité du slave commun, c’est-à-dire aoriste, imperfectum, perfectum et plus quam perfectum (Žigo, Krajčovič, 2006 : 16). Le vieux slovaque se caractérise donc par un système de temps relativement riche ; il possède quatre temps grammaticaux divisés en formes simples et composées. En conséquence, il est possible de poser que le système des temps du passé du vieux slovaque correspond au système des temps du français moderne. Dans le tableau 2, nous proposons une courte description de l’APRET à ce stade de l’évolution du slovaque, comparable au fonctionnement du PQP :
| Vieux slovaque : IXe et Xe siècles | Français moderne |
|---|---|
| aoriste | passé simple |
| perfectum | passé composé |
| imperfectum | imparfait |
|
plus quam perfectum (Múcsková, 2016 : 39) Ce temps exprime une relation temporelle d’antériorité avec un autre événement ou état au passé. Il exprime le résultat d’une action au passé avant une autre action. Il peut exprimer aussi une action passée (comme le perfectum ou l’aoriste), son utilisation peut être considérée comme conséquence d’une tentative d’exprimer « le sens d’un passé révolu ». |
plus-que-parfait |
En effet, les notions comme antériorité ou expression du passé révolu font partie de la description du PQP en français ; notons également la correspondance terminologique entre le terme latin utilisé pour désigner le temps du vieux slovaque et le terme français. Or, le système de ces formes verbales a progressivement commencé à se désintégrer, et la langue slovaque contemporaine ne conserve que les formes du perfectum, qui est aujourd’hui évalué comme prétérit[9] (Žigo, 2010 : 197). La disparition de l’aoriste et de l’imperfectum est liée à la disparition de l’ancien plus quam perfectum, qui est remplacé par les formes du nouveau temps que l’on nomme désormais antepréteritum. Ce temps verbal est formé à partir du prétérit (Múcsková, 2016 : 41). La tableau 3 compare le système des temps du passé du slovaque moderne avec celui du français moderne :
| Slovaque moderne | Français moderne |
|---|---|
|
préteritum de forme perfective et imperfective |
passé simple passé composé imparfait |
|
(antepréteritum) de forme perfective et imperfective |
plus-que-parfait passé antérieur |
Il nous semble alors que le terme plus quam perfectum ou pluskvamperfektum, qui est formellement le plus proche du terme français, ne correspond plus à l’état actuel du slovaque. Le système verbal où ce temps trouvait sa place légitime n’existe plus. Ce terme est donc lié à un système temporel ancien où le temps verbal qu’il désigne complète la structuration du passé existant à cette époque dans la langue slovaque comme le fait le PQP français rattaché au système des temps du passé en français à tous les stades de son évolution.
Quant au terme antepréteritum et à son équivalent slovaque predminulý čas, les deux termes correspondent au système des temps du passé du slovaque contemporain. Il s’agirait en conséquence de l’équivalent terminologique du terme français plus-que-parfait. Or, dans cette perspective synchronique, on s’aperçoit rapidement que l’équivalence terminologique n’est pas évidente. Vojtek (2020) constate en effet que pour la catégorie des termes grammaticaux qui désignent les temps verbaux en français, on ne trouve pas facilement en slovaque d’équivalents exacts. Dans son Glossaire bilingue des termes de grammaire (français-slovaque), M–Z (2018), il fait le choix d’utiliser comme équivalent le terme latin plus quam perfectum mais également le terme slovaque predminulý čas. Il construit ainsi, il nous semble, deux types de correspondances : correspondance formelle plus-que-parfait/plus quam perfectum et correspondance notionnelle plus-que-parfait/predminulý čas. Il faudrait pourtant prendre en compte un autre terme slovaque, dávnominulý čas (‘le temps du passé lointain’) qui coexiste avec le terme predminulý čas. Dans la description linguistique actuelle de l’APRET, les deux termes ne désignent pas tout à fait la même chose. Les linguistes Žigo et Sokolová (2014) distinguent, tout en étant conscients de la synonymie qui existe entre les termes latins et slovaques, deux formes de ce temps slovaque. La première forme est un antepréteritum (en slovaque predminulý čas) qui est utilisé pour les formes verbales imperfectives, et la seconde est un pluskvamperfektum (en slovaque dávnominulý čas) désignant les formes verbales perfectives. Ces deux variantes aspectuelles fonctionnent de manière similaire à un détail près : le pluskvamperfektum (formes verbales perfectives) peut exprimer, en plus de l’antériorité, le résultat de l’action au passé, et il est plus fréquent dans l’usage que l’antepréteritum (formes verbales imperfectives). Nous constatons donc que la synonymie terminologique qui est abondante en slovaque pour désigner l’APRET est d’un côté légitime, car elle permet d’exprimer les nuances sémantiques et aspectuelles de ce temps ; d’un autre côté, cette synonymie s’avère problématique dans la comparaison français-slovaque à des fins pédagogiques, notamment dans les explications et descriptions du français destinées aux apprenants slovaques (Puchovská, 2021).
Pour conclure cette première partie, nous estimons avec Horák (1993 : 100) que le terme predminulý čas et le terme d’origine latine antepréteritum sont formellement et notionnellement les plus exacts pour désigner le temps slovaque car ils mettent en relief sa fonction primaire : exprimer les actions verbales qui se sont déroulées avant une autre action au passé – fonction comparable à l’emploi du PQP en français.
3. Correspondances fonctionnelles entre le PQP français et l’APRET slovaque
Dans cette partie, nous voudrions mettre en exergue trois correspondances fonctionnelles du PQP et de l’APRET. Nous nous appuyons ici sur les descriptions linguistiques et grammaticales des deux temps dans les deux langues.
3.1. Fonction aspecto-temporelle
La première correspondance concerne le fonctionnement de base des deux temps. Dans la description grammaticale de ces temps, on trouve de manière systématique les notions d’accompli ou d’action achevée ainsi que d’antériorité. Selon Bres et Barceló (2006 : 79), il s’agit de l’instruction [+ passé] qui permet au PQP de situer l’action verbale au passé ou de situer au passé une action antérieure à une autre action. L’APRET slovaque est décrit de manière identique. Le tableau 4 résume ces descriptions :
| PQP français | APRET slovaque |
|---|---|
| les deux temps situent l’action verbale au passé, leur instruction temporelle est donc [+ passé] | |
|
Selon Bres et Barceló (2006 : 85), le PQP en contexte passé signifie « l’accompli à un moment donné du passé, en relation avec un IMP, un PS ou un PC ». Pour Salins (1996 : 178), le PQP « signale qu’une action s’est réalisée à l’époque passée, antérieurement à un autre procès ». |
L’APRET de forme perfective et imperfective exprime l’action accomplie ou achevée en relation avec l’action exprimée par le prétérit (Morphologie du slovaque, 1966 : 533). |
3.2. Expression des états résultant des procès achevés
La deuxième correspondance met en relief la valeur que les deux temps construisent avec l’aspect verbal. Nous avons mentionné plus haut qu’en slovaque, l’APRET se forme à partir des verbes de forme perfective et imperfective, et que la forme perfective exprime – en plus de l’antériorité – le résultat de l’action au passé. On décrit de manière similaire le fonctionnement du PQP, à cette différence près que c’est le sens du verbe qui est à l’origine de cette interprétation du PQP. Dans le tableau 5, nous proposons de comparer – en plus des descriptions – les exemples de cette valeur utilisés par les linguistes et grammairiens :
| PQP français | APRET slovaque |
|---|---|
| Riegel et al. (2016 : 547) : « Quand le verbe est perfectif, l’accent est mis sur le résultat découlant de l’achèvement du procès. » | Plusieurs linguistes signalent la valeur résultative de l’APRET : Horák, 1957 ; Sokolová, 2009 ; Žigo, 2010 ; Stašková, 2011 ; Kesselová, 2022 ; Múcsková, 2016, etc. |
|
« [...] dans “la peau avait pris une teinte jaunâtre”, le PqP donne à voir le procès prendre comme accompli [...] : dire que “la peau avait pris une teinte jaunâtre”, c’est dire d’une autre façon que “la peau était jaunâtre”. » (Bres, Barceló, 2006 : 86) « PQP résultatifs (accomplis) » chez Apothéloz et Combettes (2016 : 54) |
Horák (1993 : 101) propose plusieurs exemples de cette construction résultative et ajoute qu’on exprime à travers l’action achevée de manière indirecte l’état ou le résultat de cette action : bol prišiel = bol tu [il était arrivé = il était là] bola ochorela = bola chorá [elle était tombée malade = elle était malade] bolo sa stmilo = bola tma [la nuit était tombée = il faisait nuit] |
3.3. Effet de sens de l’antériorité dans les subordonnées
La dernière correspondance porte sur l’expression de l’antériorité dans les subordonnées que nous observons pour les deux langues. Selon Salins (1996 : 171), le PQP peut être antérieur au passé composé, passé surcomposé, passé simple, passé antérieur et à l’imparfait, et cela dans les subordonnées temporelles, relatives et complétives (Bres, Barceló, 2006 : 86). L’APRET slovaque peut être antérieur au prétérit ou au présent historique dans les subordonnées temporelles et relatives (Horák, 1993 : 102). Même si Horák ne mentionne pas les subordonnées complétives, notre test de traduction bilatérale a montré que l’APRET y fonctionne parfaitement (Tab. 6) :
Tableau 6. Correspondance du PQP et de l’APRET dans la subordonnée.
Subordonnée temporelle
PQP : Mon père, quand il avait fini de voir ses malades, travaillait une heure ou deux.
APRET : Keď bol môj otec skončil obhliadky chorých, pracoval jednu dve hodiny.
Subordonnée relative
APRET : Vstúpil do triedy, v ktorej bol vyučoval.
PQP : Il était entré dans la classe où il avait enseigné.
Subordonnée complétive
PQP : Au ton de sa voix, il a compris qu’elle avait pleuré toute la soirée.
APRET : Z hlasu mu bolo jasné, že celý wečer bola plakala.
À partir de ces trois correspondances, nous pouvons évaluer le fonctionnement du PQP et de l’APRET comme similaire. Ce constat nous permet d’affirmer que la correspondance de la fonction primaire des deux temps peut être utile et efficace pour les traducteurs. Ils peuvent ainsi s’appuyer dans certains cas sur le temps slovaque et lever des ambiguïtés ou confusions concernant les relations temporelles dans le texte traduit. L’ambiguïté en question est justement causée par l’emploi quasi exclusif du prétérit slovaque dans le processus de traduction. À titre illustratif, nous examinerons un exemple, l’original et sa traduction, tiré du roman L’Œuvre d’Émile Zola (Puchovská, 2024) :
Bientôt, Claude ne vécut plus que pour son tableau. Il avait meublé le grand atelier sommairement : des chaises, son ancien divan du quai Bourbon, une table de sapin, payée cent sous chez une fripière. (Zola, L’Œuvre, 1996 : 332)
Claude žil iba pre svoj obraz. Napochytre si zariadil veľký ateliér: dal tam stoličky, starý diván z bytu na Bourbonskom nábreží, stôl zo smrekového dreva, za ktorý zaplatil starinárke sto sou. (Zola, Dielo, 1984 : 195, traduit par M. Neman)
Le verbe français au PQP : il avait meublé, qui nous intéresse ici, est traduit par le prétérit slovaque si zariadil. Nous pensons que cette traduction ne correspond pas à la situation évoquée par le PQP dans le texte original. La recherche de l’atelier et son aménagement avaient eu lieu bien avant l’action exprimée par le verbe au PS ne vécut plus. Le PQP français renvoie en effet au contexte antérieur où le lecteur a pu suivre le personnage principal, Claude, dans la recherche d’un lieu approprié pour son atelier. Remarquons dans l’original l’emploi de l’article défini le devant le nom atelier qui indique clairement le référent déjà mentionné dans le texte. Le PQP, en plus de désigner une action antérieure, joue également le rôle d’un connecteur chronologique orientant le lecteur dans le temps, et renforce ainsi l’anaphore grammaticale construite par l’article défini.
La traduction slovaque, cependant, modifie légèrement les événements passés sur l’axe temporel, et donne l’impression que l’aménagement de l’atelier se déroule en même temps que l’obsession de Claude pour son tableau. D’ailleurs, la traduction laisse interpréter la seconde action comme conséquence de la première : Claude était obsédé par le tableau et en conséquence, il a aménagé un grand atelier. La position du syntagme nominal veľký ateliér (‘grand atelier’) après le verbe ne correspond pas à l’emploi de l’article défini devant le nom en français : cette position rhématique indique en principe un référent nouveau. La traduction de l’adverbe sommairement par napochytre (‘précipitamment’) n’est pas non plus réussie. Ces deux éléments favorisent donc l’idée mentionnée de la conséquence. Pour éviter ce glissement de sens (ou cette confusion), il serait judicieux d’utiliser l’APRET en modifiant aussi toute la partie concernée : il avait meublé le grand atelier sommairement. Ci-dessous nous proposons notre modification de la traduction slovaque :
Claude žil iba pre svoj obraz. Veľký ateliér si bol zariadil skromne: dal tam stoličky, starý diván z bytu na Bourbonskom nábreží, stôl zo smrekového dreva, za ktorý zaplatil starinárke sto sou.
L’antéposition du syntagme nominal veľký ateliér, l’APRET si bol zariadil et l’adverbe skromne sont nécessaires pour assurer une lecture de la phrase slovaque identique à l’original français. La traduction reste ainsi fidèle à la logique temporelle du récit. Nous estimons alors que l’APRET est une forme verbale que le traducteur devrait connaître et prendre en compte dans certaines situations où l’emploi du prétérit n’est pas souhaitable ou suffisant.
4. Fonctionnement spécifique de l’APRET slovaque par rapport au PQP français
La question du fonctionnement spécifique de l’APRET slovaque nous amène à parler des non-correspondances entre les deux temps. Le fonctionnement spécifique de l’APRET émerge sans doute de l’opposition emploi marqué – emploi non marqué en langue. Il est évident que pour le français, l’emploi du PQP est ressenti comme non marqué dans la plupart des situations de communication à l’oral et à l’écrit. En revanche, pour le slovaque actuel, l’emploi de l’APRET est ressenti par toute la communauté linguistique comme marqué, on pourrait même dire comme étrange. Nous sommes d’avis que c’est précisément dans ce ressenti des locuteurs que l’APRET a ses chances de survie, en animant et en enrichissant, par exemple, le texte traduit en slovaque. Nous postulons, en outre, que l’APRET pourrait jouer le rôle de l’équivalent fonctionnel dans la traduction de manière générale, l’équivalence fonctionnelle étant une stratégie de traduction où, en l’absence d’un équivalent direct, le traducteur cherche à produire sur le lecteur cible le même effet que celui du texte source, mais en recourant à un moyen propre à la langue cible. Si le traducteur connaît le fonctionnement actuel de l’APRET slovaque, il aura un moyen efficace et pertinent pour ce type de situations. Le tableau 7 condense les aspects spécifiques de l’APRET slovaque par rapport au PQP français, recueillis et décrits par Kesselová (2021 et 2022), Stašková (2011) et Horák (1993) :
| APRET slovaque | PQP français |
|---|---|
| EMPLOI LINGUISTIQUEMENT MARQUÉ (ce qui influence son usage) | EMPLOI LINGUISTIQUEMENT NON MARQUÉ (ce qui influence son usage) |
|
|
|
2. Ø |
|
3. Ø |
|
4. Ø |
|
5. Ø |
Par rapport au PQP, l’APRET en slovaque actuel se caractérise par un emploi disons plus varié, quoique limité à certaines situations de communication. En effet, comme il s’agit en slovaque d’une forme verbale linguistiquement et stylistiquement marquée, son apparition en langue est soit limitée à certains contextes, soit dépendante de l’âge des locuteurs, soit contrainte à des situations langagières très particulières comme les commentaires pragmatiques ou bien l’ironie. Or, ce sont précisément ces types d’emploi qui peuvent jouer le rôle de l’équivalent fonctionnel du PQP dans la traduction, ce qui constitue une piste de recherche à examiner. Le fait que l’APRET soit le plus souvent utilisé par les personnes âgées de 70 à 90 ans, et très peu par celles de 40 à 50 ans, alors qu’on observe une certaine augmentation de son emploi chez les jeunes diplômés (Kesselová, 2022), pourrait s’avérer pertinent pour le traducteur. Ensuite, les emplois de l’APRET comme commentaire pragmatique visant à appuyer le propos du locuteur ou encore comme procédé ironique, nous semblent tout aussi prometteurs et enrichissants, tant dans la recherche des solutions de traduction que dans la quête d’une équivalence fonctionnelle.
5. Conclusion
L’objectif principal de cet article a été de réfléchir aux correspondances existant entre le PQP français et l’APRET slovaque, ainsi qu’au potentiel linguistique, mais surtout stylistique et pragmatique, de ce dernier. Nous tirerons quatre conclusions de cette réflexion. D’abord, le fonctionnement primaire du PQP et de l’APRET montre de nettes correspondances qui sont exploitables dans la traduction vers le slovaque, notamment de textes classiques, pour mettre en valeur une action lointaine qui s’est produite avant une autre action au passé ; pour garder la logique de l’enchaînement des actions verbales sur l’axe temporel ; et dans un contexte plus large, pour insister sur une action située dans le passé révolu. Ensuite, le fonctionnement de l’APRET en slovaque actuel découle de sa position marquée dans le système verbal du slovaque. La connaissance de ce fonctionnement peut s’avérer utile et pertinente dans la recherche d’un équivalent fonctionnel, hypothèse qui reste à confirmer. En outre, nous pensons qu’il serait important d’intégrer dans la formation initiale ou continue des traducteurs l’explication des éléments de langue slovaque qui sont considérés aujourd’hui comme archaïques. En fait, ce n’est pas seulement le cas de l’APRET slovaque mais aussi du gérondif et du participe présent ou du conditionnel passé qui se marginalisent fortement dans l’usage courant. Notamment, les jeunes traducteurs ne savent plus exactement comment ces entités fonctionnent et en quoi elles pourraient enrichir leur travail. Enfin, nous estimons que le travail commun des spécialistes en langues nationales et des spécialistes en langues étrangères s’avère nécessaire mais surtout très bénéfique pour les études contrastives tout comme pour la formation universitaire de futurs traducteurs, interprètes, enseignants ou philologues.
Autorzy
Bibliographie
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Barceló, Gérard Joan, Bres, Jacques (2006), Les temps de l’indicatif en français, Paris, Ophrys
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Notes
- 1 L’article s’inscrit dans le cadre du projet VEGA 1/0226/24 Synchrónne a diachrónne aspekty gramatickej terminológie na konfrontačnom základe (lexikologický, lexikografický a komparatívny výskum) – Aspects synchroniques et diachroniques de la terminologie grammaticale sur le plan comparé (recherche lexicologique, lexicographique et comparative).
- 2 Le sujet de cet article a été présenté comme conférence plénière le 27 septembre 2024 à la XXVIIe École doctorale des Pays de Vysegrad, Correspondances, à Toruń.
- 3 Slovenský národný korpus : https://korpus.sk/korpusy-a-databazy/korpusy-snk.
- 4 En slovaque, il existe deux formes de l’APRET : par exemple pour le verbe robiť (‘faire’), il s’agit de la forme bol urobil (APRET de forme perfective) et de la forme bol robil (APRET de forme imperfective).
- 5 Notre choix du terme a été motivé par sa transparence formelle et sémantique ; antepréteritum, mot d’origine latine, reflète directement sa version slovaque : ante – préteritum / pred – minulý (čas) ’préterit antérieur’ (Rey, 2000 : 2930).
- 6 Notre proposition de traduction pour : « hoci ide o okrajový jav, vykazuje širokú paletu použití v rôznych kontextoch a pri komplexnom opise jazyka stojí za to venovať mu pozornosť. Absolútna aj pomerná frekvencia preukázala najvyšší výskyt v umeleckých a odborných textoch. Ide o verbálny tvar, ktorý dokáže „oživi’ˮ texty všetkých štýlov písaného aj hovoreného jazyka. [...] nejde iba o knižný tvar, a preto by sa nemalo použitie Aprét podceňovať a zanedbávať, ale skôr použiť tento tvar na vyjadrenie rozmanitosti vzťahov a na obohatenie slovenského jazyka ».
- 7 Principes de la langue slovaque.
- 8 Nous proposons les traductions littérales ou des paraphrases des termes slovaques car elles montrent assez pertinemment la nature du temps slovaque, c’est-à-dire le souci des grammairiens de signaler que ce temps exprime une action autre que le prétérit slovaque, une action du passé révolu qui n’a aucun lien avec le présent de l’énonciation.
- 9 Selon le Dictionnaire de l’Académie française, dans les langues n’ayant pas de formes verbales spécifiques pour l’imparfait, le parfait ou l’aoriste, le prétérit peut avoir la valeur de chacun de ces temps, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P4233.