ACTA UNIVERSITATIS LODZIENSIS
Folia Litteraria Romanica 20(2) 2025

DOI: https://doi.org/10.18778/1505-9065.20.2.12

Consonnes géminées et accent tonique en italien langue étrangère : exemple des francophones avancés

Karol Niewiadomski*

logo ORCID https://orcid.org/0009-0006-1193-7589
Université catholique Jean-Paul II de Lublin
karol.niewiadomski@kul.pl

RÉSUMÉ

Cet article présente une étude menée auprès de locuteurs francophones maîtrisant l’italien à un niveau avancé, portant sur leur prononciation et perception des caractéristiques phonologiques italiennes, telles que la gémination des consonnes et l’accent tonique, cruciaux pour la distinction sémantique en italien. La première partie de l’article décrit ces traits en italien et en français. La section suivante présente la méthodologie de l’étude qui se divise en deux volets : la perception et la production des traits étudiés. Les résultats montrent que malgré une bonne maîtrise des consonnes géminées et de l’accent tonique chez les participants, des difficultés subsistent dans la reconnaissance des différences sémantiques dues à l’accent tonique et des consonnes géminées, notamment bilabiales et labio-dentales. Quelques problèmes persistent également avec l’accentuation sur la pré-antépénultième syllabe. Ces résultats suggèrent que, bien que le groupe affiche un niveau élevé, il pourrait bénéficier d’une amélioration ciblée.

MOTS-CLÉS – compétence orthoépique, phonétique acoustique, consonnes géminées, accent tonique, italien langue étrangère

Geminate Consonants and Stress Accent in Italian as a Foreign Language: the Case of Advanced French-Speaking Learners

SUMMARY

This article presents a study conducted with French-speaking participants who are advanced learners of Italian, focusing on their pronunciation and perception of Italian phonological features, such as consonant gemination and stress, which are crucial for semantic distinction in Italian. The first part of the article describes these features in both Italian and French. The following section presents the methodology of the study, which is divided into two parts: the perception and the production of the studied features. The results show that, despite a good command of geminated consonants and stress by the participants, difficulties remain in recognising semantic differences due to stress and geminated consonants, particularly bilabial and labiodental ones. Some issues also persist with stress on the preantepenultimate syllable. These results suggest that although the group demonstrates a high level of proficiency, they could benefit from targeted improvement.

KEYWORDS – orthoepic competence, acoustic phonetics, consonant gemination, stress accent, Italian as a foreign language

1. Introduction

La présente étude s’intéresse à l’acquisition de deux traits caractéristiques de la prononciation italienne par des apprenants francophones : les consonnes géminées et l’accent tonique. Bien que le français et l’italien soient deux langues romanes, et donc issues d’une même famille linguistique, leurs systèmes phonologiques présentent des divergences notables. Cette recherche repose sur une étude de cas impliquant quatre locuteurs français au niveau avancé en italien. L’objectif principal est d’évaluer leur capacité à percevoir et à produire correctement les deux phénomènes susmentionnés.

La comparaison entre deux systèmes phonologiques proches permet d’identifier aisément les difficultés rencontrées par les apprenants débutants. Toutefois, ces difficultés deviennent moins visibles chez les locuteurs avancés, ce qui rend leur analyse d’autant plus pertinente. Nous posons l’hypothèse que ces derniers ont généralement intégré l’accentuation sur des syllabes autres que la finale mais leur production des consonnes géminées peut demeurer imparfaite.

Nous estimons que les recherches dans ce domaine peuvent contribuer à souligner l’importance d’intégrer un entraînement spécifique à la compétence orthoépique dans l’enseignement/apprentissage de l’italien langue étrangère, notamment à des niveaux avancés où les erreurs de prononciation tendent à être sous-estimées.

2. Consonnes géminées et accent tonique en italien

Lorsqu’on aborde la question de la prononciation en italien, il est indispensable de prendre en compte, au-delà de la prononciation standardisée, l’existence de nombreuses variations régionales. Ces accents locaux se distinguent notamment par des phénomènes de substitution phonémique – un phonème pouvant être remplacé par un autre – ou par l’absence de gémination consonantique, comme le souligne Canepari (2004).

Concernant plus précisément l’accent tonique, Canepari (2004 : 150), désormais MaPI, présente une typologie des mots italiens en fonction de leur accentuation :

Diagramme circulaire de la fréquence des mots italiens par rapport à l’accent tonique selon Canepari
Fig. 1. Fréquence des mots italiens par rapport à l’accent tonique selon MaPI (2004 : 150).

Il y a des paires minimales dont la seule distinction repose sur l’accent tonique, par exemple àncora /ˈankora/ (encre) – ancóra /anˈkora/ (encore)[2]. En ce qui concerne les consonnes géminées, elles aussi peuvent donner lieu à des paires minimales, comme note /ˈnɔte/ (notes) – notte /ˈnɔtːte/ (nuit). Certaines oppositions combinent d’ailleurs gémination consonantique et variation vocalique, par ex. sete /ˈsete/ (soif) – sette /ˈsɛtːte/ (sept), ce que la graphie ne reflète pas explicitement. Les consonnes géminées apparaissent également dans la cadre de raddoppiamento fonosintattico, un phénomène propre à l’italien où une consonne initiale est géminée après certains mots, par ex. a casa /akːkaza/ (à la maison) (MaPI : 168-173).

La quantité consonantique peut par ailleurs varier selon les régions. Les consonnes /ɲ/ et /ʃ/ intervocaliques sont intrinsèquement géminées en italien standard mais se réalisent comme les sons courts dans les variétés septentrionales. En revanche, la consonne /tʃ/ postvocalique au Centre-Sud a une tendance à se réaliser comme le son [ʃ] court. Ainsi, le mot pece (poix) au Centre-Sud et le mot pesce (poisson) au Nord se réalisent de manière identique : [ˈpeʃe] (MaPI : 76, 89).

3. Comparaison avec le français

Tout comme pour l’italien, il est inapproprié de parler d’une seule prononciation du français. En effet, la langue française se décline en de nombreuses variétés régionales et nationales (cf. Walter, 1982 ; Blanchet, 2000 ; Chalier, 2021). Le statut du français comme langue officielle dans plusieurs pays a donné lieu à des recherches sur diverses variantes phonétiques, parmi lesquelles on peut citer entre autres le français québécois (cf. Pupier & Drapeau, 1973 ; Dumas, 1974) ou le français africain (cf. Boutain & Turcsan, 2009). Même au sein de l’Hexagone, des écarts notables entre la norme phonétique et l’usage sont observables, notamment dans les régions méridionales, où l’on note par exemple une absence de distinction entre /e/ et /ɛ/ (cf. Dańko, 2024), ou des variations dans la réalisation du schwa (cf. D’Apolito & Gili Fivela, 2016).

Les systèmes phonologiques du français et de l’italien présentent ainsi des divergences substantielles, notamment en ce qui concerne deux éléments centraux de notre étude. Ces traits, fondamentaux en italien, sont inexistants en français, ce qui peut représenter un défi majeur pour les apprenants francophones. En effet, ces éléments apparemment mineurs peuvent altérer le sens perçu d’un mot en italien, affectant ainsi la compréhension globale du message.

Tummillo (2018 : 29) souligne à ce titre la difficulté qu’éprouvent de nombreux apprenants francophones à produire correctement l’accent tonique sur l’antépénultième syllabe, phénomène courant en italien. Elle attribue cette difficulté à la régularité prosodique du français, qui favorise une accentuation terminale, et à l’accentuation relativement libre du système italien. Elle rappelle également que l’accent tonique en italien peut parfois revêtir une valeur morphologique, ce qui le rend d’autant plus crucial à maîtriser.

En ce qui concerne la gémination, le français ne possède pas ce trait phonologique (cf. Amazouz et al., 2019 : 23-30), tandis qu’en italien, sa présence ou son absence peut modifier le sens lexical d’un mot, comme nous l’avons déjà évoqué. Il en va de même pour l’accent tonique : alors qu’en français, l’accent est généralement placé sur la dernière syllabe du mot ou du groupe rythmique, sa position n’a aucune incidence sémantique, contrairement à l’italien (cf. Walter, 1977 : 54). En français existent néanmoins d’autres formes d’accentuation telles que l’accent d’intensité (cf. Malmberg, 1971 : 91), musical (cf. Malmberg, : 94), logique (cf. Gajos, 2020 : 43) et d’insistance (cf. Marouzeau, 1951 : 94-95).

4. Méthodologie

La présente recherche s’est articulée autour de deux volets méthodologiques principaux : la réception et la production. Un questionnaire socio-biographique a été administré aux participants afin de recueillir des informations pertinentes relatives à leur profil linguistique (voir Tab. 2).

Dans le cadre du volet de réception, les participants ont été invités à écouter 40 mots italiens[3] organisés en 20 paires minimales. Parmi celles-ci, 10 se distinguaient par la gémination consonantique, tandis que les 10 autres présentaient des contrastes au niveau de l’accent tonique. La tâche assignée aux participants consistait à transcrire les mots entendues en italien et puis à les traduire en français. Le tableau infra illustre la liste des mots choisis ainsi que leur traduction.

Tab. 1. Les paires des mots utilisées dans la recherche.
ancóra encore camino cheminée
àncora ancre cammino chemin / (je) marche
compìto courtois coro chœur
cómpito devoir (substantif) corro (je) cours
desidèri désirs nonno grand-père
desìderi (tu) désires nono neuvième
leggère légères note notes
lèggere lire notte nuit
mèta destination pala pelle
metà moitié palla balle
pagàno païen pollo poulet
pàgano (ils) paient polo pôle
pàpa pape sera soir
papà papa serra serre
perdòno pardon (substantif) / je pardonne sete soif
pèrdono (ils) perdent sette sept
però mais tono ton (substantif)
péro poirier tonno thon
princìpi principes / débuts tori taureaux
prìncipi princes torri tours

Nous présentons ci-dessous les phrases lues par les participants dans le cadre de la seconde partie de l’expérimentation, en mettant en évidence les mots présentant un accent tonique sur l’antépénultième ou la pré-antépénultième syllabe, indiqué par son soulignement.

  1. Alla nonna hanno regalato un tappeto persiano rosso, giallo e azzurro.
    (Ils ont offert un tapis persan rouge, jaune et azur à la grand-mère.)
  2. C’è un piccolo cane che corre nel prato.
    (Il y a un petit chien qui court dans le pré.)
  3. Emma ha una bella gonna rossa a pois.
    (Emma a une belle jupe rouge à pois.)
  4. Il babbo legge una storia ai suoi bambini.
    (Le papa lit une histoire à ses enfants.)
  5. Mattia ha costruito un castello di sabbia sulla spiaggia.
    (Matthieu a construit un château de sable sur la plage.)
  6. Ci sono molte università in questa città.
    (Il y a de nombreuses universités dans cette ville.)
  7. I cani abbaiano e i gatti miagolano.
    (Les chiens aboient et les chats miaulent.)
  8. Vorrei dirglielo prima di andarmene.
    (Je voudrais le lui dire avant de m’en aller.)
  9. I miei nonni abitano in periferia.
    (Mes grands-parents habitent en périphérie.)
  10. Sul tavolo ci sono una pentola tipica e una scatola.
    (Sur la table, il y a une marmite typique et une boîte.)

Les phrases utilisées dans cette phase incluent 2 mots oxytons, 42 mots paroxytons, 8 mots proparoxytons, 2 mots accentués sur la pré-antépénultième syllabe, 25 mots monosyllabiques et 26 consonnes doubles réparties dans 25 mots.

En complément, les participants ont également été invités à raconter spontanément une anecdote liée à leurs vacances. Le corpus recueilli a compris 30 mots oxytons, 574 mots paroxytons, 42 mots proparoxytons et 152 consonnes géminées. La mise d’accent tonique et la quantité consonantique ont été évaluées avec le logiciel Praat (Boersma, Weenink, 2020). Ci-dessous, nous montrons un exemple permettant d’illustrer et de valider les traits phonologiques mentionnés.

Illustration des formes des ondes acoustiques dans les mots àncora et ancóra
Fig. 2. Les formes des ondes acoustiques dans les mots àncora (à gauche) et ancóra (à droite).

Pour évaluer l’accent tonique, nous avons analysé les formes des ondes sonores, c’est-à-dire la partie supérieure de l’image. Pour la quantité consonantique, nous avons analysé les spectrogrammes – sa partie inférieure.

Illustration des spectrogrammes des mots nòno et nònno
Fig. 3. Les spectrogrammes des mots nòno (à gauche) et nònno (à droite).

Les zones moins sombres du spectrogramme, situées entre les lignes rouges, correspondent à l’intervalle de temps séparant la fin de la production de la voyelle antérieure et le début de la production de la voyelle postérieure à la consonne, ce qui nous permet de mesurer sa durée.

L’étude a été menée auprès de quatre locuteurs francophones[4] ayant déclaré un niveau de maîtrise de l’italien équivalent à B2/C1 (cf. Conseil de l’Europe, 2001). Chaque participant a estimé sa connaissance de l’italien à partir de l’auto-évaluation. Les échantillons recueillis nous ont permis de confirmer leur niveau a posteriori. Le tableau ci-dessous présente les données socio-biographiques des participants.

Tab. 2. Les données socio-biographiques des participants.
aucune donnée Sexe Âge Niveau Contexte d’apprentissage Langues connues Séjours en Italie
Inf. 1 Homme 36 C1 J’ai appris d’abord en France avec ma petite amie de l’époque qui était italienne, à l’oral dans un premier temps, puis à l’écrit pour passer le PLIDA B2. J’ai ensuite vécu en Italie deux ans et demi. J’ai pu utiliser la langue aussi bien dans la vie quotidienne qu’au travail. anglais C2 ; espagnol B2 ; allemand A1 J’ai vécu deux ans et demi en Italie. Avant et après cette période, j’ai beaucoup voyagé en Italie.
Inf. 2 Homme 36 B2 Lycée, université anglais C1 ; espagnol B1 ; polonais A1 ; roumain A1 ; portugais A1 Plusieurs séjours courts et trois séjours longs (8 mois, 10 mois et 3 mois)
Inf. 3 Femme 34 B2 Au lycée pendant 3 ans et à l’université 3 ans aussi. J’ai également fait un Erasmus en Italie pour approfondir mes connaissances. anglais B2 ; espagnol A2 ; portugais A2 ; polonais A1 ; roumain A1 6 mois d’Erasmus à Bergame ; 1 an d’assistanat près de Turin ; différents voyages d’une semaine
Inf. 4 Femme 31 C1 J’ai appris l’italien à partir de ma première année d’université, puis en autodidacte, en allant en Italie, en faisant des exercices et en m’exposant aux médias italiens. anglais C2 ; espagnol C2 ; suédois A2 Oui. Un peu partout pour des vacances/séjours allant d’une semaine à deux semaines (Florence, Milan, Sicile, Sardaigne, Trieste), et 6 mois à Carpi (Modène) en 2016, et un mois à Rome en 2023.

Le tableau indique que les participants présentent une diversité notable quant à leur parcours linguistique et contexte d’apprentissage, notamment en ce qui concerne les langues supplémentaires acquises au niveau débutant. En revanche, le groupe se montre relativement homogène du point de vue de l’âge des participants et du niveau d’italien déclaré. Dans la section suivante, nous exposons et analysons les résultats issus de l’étude menée.

5. Résultats de la recherche

Dans la section consacrée à la réception, nous avons observé que les participants retranscrivaient dans la grande majorité des cas les mots avec une orthographe correcte. Néanmoins, certaines erreurs récurrentes ont été relevées, notamment l’omission de l’accent graphique dans les mots oxytons, ainsi que l’absence de redoublement des consonnes géminées.

En revanche, la tâche de distinction sémantique entre les paires des mots s’est révélée plus complexe. Un seul participant a réussi à identifier correctement 7 paires sur 10. Les participants étaient généralement conscients de la double signification des mots à l’écrit, mais éprouvaient des difficultés à les distinguer sur la base de la différence d’accentuation.

Le tableau suivant illustre le nombre de participants ayant correctement distingué chaque paire.

Tab. 3. Réponses correctes concernant les différences sémantiques entre les paires se différant par l’accent tonique.
4 participants
3 participants pèrdono / perdòno
2 participants àncora / ancóra ; papa / papà ; prìncipi / princìpi
1 participant lèggere / leggère ; pàgano / pagàno ; pèro / però
0 participants còmpito / compìto ; desìderi / desidèri

Le tableau ci-dessus met en évidence le fait qu’aucune paire n’a été bien distinguée par tous les participants. En plus, le mot compìto n’a été correctement traduit par aucun informateur, ce qui n’est guère surprenant étant donné qu’il s’agit d’un lexème peu usité.

En revanche, les performances des participants concernant la distinction entre consonne simple et géminée se sont révélées nettement plus satisfaisantes, comme le montre le tableau suivant.

Tab. 4. Réponses correctes concernant les différences sémantiques entre les paires se différant par la gémination de la consonne.
4 participants sete / sette
3 participants pala / palla
2 participants coro / corro ; nono / nonno ; note / notte ; sera / serra ; tono / tonno ; tori / torri
1 participant polo / pollo
0 participants camino / cammino

Nous observons que la seule paire à laquelle aucune réponse correcte n’a été donnée est celle de camino / cammino. Tous les participants ont traduit le mot camino par chemin au lieu de cheminée. Cette confusion pourrait être expliquée par l’interférence de l’espagnol, langue maîtrisée par l’ensemble des participants, où camino signifie effectivement chemin. En revanche, en italien, cammino désigne principalement un chemin spirituel[5] et est également la forme de la première personne du singulier du verbe camminare (marcher). Quant à cammino, tous les informateurs l’ont traduit par je marche, toutefois trois sur quatre ont opté pour la graphie avec un m simple.

Concernant la partie dédiée à la production, le tableau ci-dessous présente les durées des consonnes géminées dans les phrases lues par les participants. Outre la moyenne, nous avons introduit la notion d’écart type pour mettre en évidence la variabilité des valeurs observées lorsque cela était possible.

Tab. 5. Quantité consonantique des participants pendant la lecture.
Lecture N Informateur 1 (C1) Informateur 2 (B2) Informatrice 3 (B2) Informatrice 4 (C1)
Moyenne Écart type Moyenne Écart type Moyenne Écart type Moyenne Écart type
/pːp/ 1 144ms 189ms 104ms 179ms
/bːb/ 3 130ms 26ms 188ms 49ms 143ms 10ms 145ms 37ms
/tːt/ 3 147ms 22ms 204ms 38ms 141ms 40ms 220ms 57ms
/kːk/ 1 145ms 181ms 159ms 124ms
/sːs/ 2 194ms 3ms 220ms 20ms 182ms 23ms 194ms 36ms
/mːm/ 1 161ms 216ms 262ms 254ms
/nːn/ 4 119ms 36ms 180ms 23ms 150ms 29ms 163ms 31ms
/lːl/ 5 70ms 30ms 155ms 30ms 98ms 25ms 128ms 40ms
/rːr/ 3 91ms 19ms 121ms 14ms 66ms 18ms 82ms 16ms
/dːdʒ/ 3 154ms 47ms 203ms 52ms 165ms 13ms 178ms 43ms

En analysant les valeurs mesurées, nous constatons que la durée moyenne des consonnes géminées varie d’un participant à l’autre. Comme le notent Meunier et Bigi (2021 : 18), les consonnes sourdes ont tendance à être significativement plus longues que les consonnes sonores, bien que cette distinction ne soit pas systématiquement observée dans les lectures des participants. En ce qui concerne les consonnes produites lors d’un énoncé spontané, les résultats sont présentés comme suit.

Nous observons que dans la majorité des cas, les consonnes géminées produites lors d’un énoncé spontané sont plus courtes que celles observées en lecture, bien que cette tendance ne soit pas systématique [6].

Tab. 6. Quantité consonantique des participants pendant la production orale.
Prod. orale Informateur 1 (C1) Informateur 2 (B2) Informatrice 3 (B2) Informatrice 4 (C1)
N Moyenne Écart type N Moyenne Écart type N Moyenne Écart type N Moyenne Écart type
/pːp/ 1 52ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée 1 92ms
/bːb/ 6 79ms 19ms 1 43ms 1 62ms 6 75ms 24ms
/tːt/ 10 91ms 67ms 6 142ms 52ms 8 101ms 45ms 11 172ms 65ms
/kːk/ 5 108ms 42ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée 2 89ms 45ms 2 194ms 83ms
/fːf/ aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée 3 84ms 10ms 1 144ms
/vːv/ 1 75ms 1 40ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée
/sːs/ 8 131ms 37ms 1 104ms 4 110ms 8ms 4 191ms 67ms
/mːm/ 4 105ms 7ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée
/nːn/ 3 156ms 23ms 1 185ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée 1 94ms
/lːl/ 12 76ms 31ms 4 96ms 40ms 9 65ms 37ms 8 123ms 57ms
/rːr/ 2 41ms 1ms 1 71ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée aucune donnée
/tːts/ 4 156ms 79ms 2 124ms 20ms aucune donnée aucune donnée aucune donnée 3 241ms 33ms
/dːdʒ/ 6 139ms 24ms 1 203ms 3 81ms 45ms 5 134ms 43ms

Nous allons désormais comparer ces résultats avec les durées des consonnes géminées produites par les apprenants germanophones (Sorianello, 2009 : 48). Nous mettons en comparaison les moyennes de notre échantillon avec celles observées dans l’échantillon de Sorianello en nous concentrant sur les géminées réalisées de manière correcte.

Diagramme de comparaison entre la quantité consonantique des informateurs lecture, des informateurs production et des participants de la recherche de Sorianello
Fig. 4. Comparaison entre la quantité consonantique de nos participants et celle des participants de Sorianello.

Comme l’illustre l’analyse, les consonnes ayant les durées les plus courtes sont principalement les bilabiales /p, b/, la fricative labio-dentale /f/, la nasale /m/, ainsi que les alvéolaires : roulée /r/ et spirante latérale /l/. En comparant ces valeurs avec celles des consonnes françaises, nous remarquons que /v/ et /l/ figurent parmi les plus courtes (Meunier, Bigi, 2021 : 19).

Lors de la comparaison des résultats avec ceux des apprenants germanophones, nous constatons que la quantité des consonnes géminées produites est notablement inférieure dans les cas des consonnes /p, b, k, m, l/. Si nous intégrons les résultats de la recherche de Payne (2005 : 160), nous observons que la quantité des occlusives bilabiales /p, b/ et des fricatives labio-dentales /f, v/ mérite une attention particulière pour le perfectionnement de la quantité consonantique chez les francophones avancés en italien.

En ce qui concerne l’accent tonique, les participants ne semblent pas rencontrer de difficultés majeures. Les deux tableaux suivants présentent le taux de correction des accents, respectivement dans les lectures et dans les énoncés spontanés.

Tab. 7. Accentuation des mots pendant la lecture.
Lecture N Informateur 1 Informateur 2 Informatrice 3 Informatrice 4 %
PT [7] 2 2 2 2 2 100,0
PP 42 42 41 42 42 99,4
PS 8 8 7 6 7 87,5
PB 2 0 0 0 0 0,0
% 54 96,3 92,6 92,6 94,4 94,0
Tab. 8. Accentuation des mots pendant la production orale.
Production orale Informateur 1 (C1) Informateur 2 (B2) Informatrice 3 (B2) Informatrice 4 (C1)
N Corrects N Corrects N Corrects N Corrects
PT 9 9 3 2 9 9 9 9
PP 230 227 72 70 139 139 133 133
PS 26 25 7 6 5 5 4 4
Σ 265 261 82 78 153 153 146 146
% 98,5 95,1 100,0 100,0

Dans la lecture, tous les participants ont mis un accent incorrect dans la troisième personne du pluriel où les formes miagolano et abitano auraient dû être accentuées sur la pré-antépenultième syllabe, ce qui montre l’importance de l’entraînement d’accentuation de ce groupe des verbes dans le cadre du perfectionnement de la compétence orthoépique auprès des personnes avancées. Le tableau suivant présente les erreurs commises dans la production spontannée :

Tab. 9. Les erreurs en accentuation des mots pendant la production orale.
Informateur 1 (C1) Informateur 2 (B2)
prod corr prod corr
eràno èrano parlèro parlerò
Guinèss Guìness Pòmpei Pompèi
fermàvamo fermavàmo isòla ìsola
eràmo* eravàmo gèlato gelàto

Il ressort de l’analyse que, dans presque tous les cas, les verbes ont été particulièrement problématiques pour les informateurs. La majorité des erreurs a consisté en un placement incorrect de l’accent sur la syllabe postérieure, à l’exception d’un cas où un informateur a positionné l’accent sur la syllabe antérieure dans la forme du futur parlerò, qui aurait dû être accentuée sur la dernière syllabe. De plus, une forme inexistante de l’imparfait italien, eramo, a été produite à la place de la forme correcte eravamo.

6. Conclusions

Les résultats montrent que les participants sont capables de percevoir et de distinguer de manière significative les consonnes courtes et géminées, ainsi que les variations d’accentuation. Toutefois, leur capacité à reconnaître les différences sémantiques dans les paires minimales différant par l’accent tonique reste limitée.

En outre, l’accentuation sur la pré-antépénultième syllabe demeure un défi pour les participants, ce qui indique une difficulté particulière avec cette règle spécifique. L’étude révèle également des variations dans la durée des consonnes, certaines étant systématiquement plus courtes. De manière générale, les consonnes géminées sont produites avec une durée plus longue lors de la lecture que dans un énoncé spontané. Lorsque l’accent tonique est mal placé, il peut être déplacé aussi bien vers l’avant que vers l’arrière dans le mot.

Sur la base des résultats obtenus, il apparaît que les éléments suivants méritent une attention particulière pour le développement de la compétence orthoépique des francophones avancés en italien :

  1. La réception des différences sémantiques entre les mots se distinguant par l’accent tonique. Cela inclut l’importance de mieux sensibiliser les apprenants aux subtilités de la distinction sémantique causée par l’accentuation.
  2. La production géminée des occlusives bilabiales et des fricatives labio-dentales nécessitent davantage de travail pour perfectionner la durée de l’articulation des consonnes géminées dans ces catégories spécifiques.
  3. La production des formes verbales où l’accent tonique est proparoxyton au singulier et tombe sur la pré-antépénultième syllabe à la troisième personne du pluriel demande une attention particulière dans le perfectionnement de la compétence orthoépique.

Autorzy

* Karol Niewiadomski, doctorant en linguistique à l’Université catholique Jean-Paul II de Lublin, assistant à la Chaire d’Acquisition et de Didactique des Langues et enseignant au Centre de Langue Italienne « Tarraro ». Titulaire d’un master en philologie romane avec spécialisation en enseignement du français et de l’italien. Ses recherches portent sur le développement des compétences grammaticale et phonétique, ainsi que sur l’application de la linguistique contrastive dans la didactique.


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Notes

  1. 1 Il convient également de noter que seuls les mots oxytons ainsi que certains monosyllabes contenant deux voyelles – lorsque la seconde est syllabique – portent un accent graphique. Cela s’applique, par ex. à già (déjà), ou encore dans des cas de distinction lexicale tels que da (préposition) versus (la forme du verbe dare à la troisième personne du singulier). Dans d’autres cas, l’usage de l’accent graphique est avant tout didactique.
  2. 2 Souvent, l’accent tonique change l’aperture des voyelles, comme dans lèggere /ˈlɛdːdʒere/ (lire) – leggère /ledːˈdʒɛre/ (légères) vu que seulement une voyelle accentuée peut être ouverte.
  3. 3 Les enregistrements ont été téléchargés du site web FORVO constituant un corpus des mots prononcés par les natifs.
  4. 4 Les participants ont été recrutés au sein du cercle proche du chercheur. Avant le début de la recherche, deux participants étaient déjà connus du chercheur, tandis que les deux autres ont été intégrés sur la base des recommandations.
  5. 5 Pour traduire chemin en italien, selon le contexte, d’autres termes, tels que strada, percorso ou sentiero, seraient plus appropriés.
  6. 6 D’Apolito (2021) a prouvé que les francophones avancés produisent correctement la différence au sein des paires minimales, mais que la production dans la position isolée pose toujours des problèmes.
  7. 7 Les sigles correspondent à la nomenclature italienne : parole tronche (PT), piane (PP), etc.