ACTA UNIVERSITATIS LODZIENSIS
Folia Litteraria Romanica 20(2) 2025

DOI: https://doi.org/10.18778/1505-9065.20.2.09

Les correspondances entre le texte original et la traduction polonaise de La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs de Charles De Coster

Tomasz Zielnik*

logo ORCID https://orcid.org/0000-0002-9752-9650
l’Université de Wrocław
tomasz.zielnik@uwr.edu.pl

RÉSUMÉ

La Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster a été considérée par les Jeunes Belges comme une épopée nationale. Le roman a été traduit en plusieurs langues, entre autres en polonais. La première traduction a été publiée en 1914. L’objectif de l’article est d’examiner comment le traducteur du roman, Przecław Smolik, a traduit les référents culturels renvoyant à la Belgique et particulièrement à la Flandre. Cette étude porte sur les stratégies et techniques utilisées pour traduire les référents culturels et emprunts au néerlandais et aussi les paratextes, dont les notes en bas de pages et la préface. L’analyse a montré que l’édition polonaise a été amputée de plusieurs chapitres et que certains emprunts au néerlandais n’ont pas été gardés dans la traduction. Néanmoins, le contexte historique du roman a été bien décrit dans la préface.

MOTS-CLÉS – Charles De Coster, La Légende d’Ulenspiegel, traduction polonaise, traductologie, référents culturels, Przecław Smolik

Correspondences Between the Original Text and the Polish Translation of The Legend and the Heroic, Joyous and Glorious Adventures of Ulenspiegel and Lamme Goedzak in the Land of Flanders and Elsewhere by Charles De Coster

SUMMARY

Charles De Coster’s La Légende d’Ulenspiegel was deemed by Young Belgians a national epic. The novel has been translated into many languages, including Polish. The first Polish translation was published in 1914. The article aims to present how Przecław Smolik, the Polish translator of the novel, translated cultural references to Belgium and particularly to Flanders. The research concerns the strategies and techniques adopted for translating cultural references and Dutch loanwords, but also para-texts such as footnotes and the preface. The analysis reveals the omission of several chapters in the Polish translation and the non-preservation of certain Dutch loanwords in the translated text. However, the historical context of the novel has been well described in the preface.

KEYWORDS – Charles De Coster, La Légende d’Ulenspiegel, Polish translation, Translation Studies, cultural references, Przecław Smolik

Dans le Dictionnaire Larousse, le mot « correspondance » est défini comme « rapport de ressemblance, de conformité, d’harmonie entre deux ou plusieurs choses ; point de ressemblance »[1]. Pourtant, si nous comparons un texte original et sa traduction, nous nous focalisons non seulement sur les ressemblances, mais aussi, souvent, sur les différences entre eux. Si nous traitons la traduction comme une œuvre autonome du traducteur, il est évident que son texte ne correspondra pas à cent pour cent à l’original. Comme le souligne Jerzy Jarniewicz, « le secret de la traduction littéraire réside dans la capacité de se détacher du texte que l’on traduit – non pour le niveler ou le déprécier, mais pour le multiplier »[2]. Dans cet article, nous nous pencherons sur le texte original et la première traduction polonaise de La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs (titre complet du roman) de Charles De Coster, considéré comme une épopée nationale des Belges, pour examiner dans quelle mesure l’image de la Belgique, et particulièrement de la Flandre – c’est-à-dire ses référents culturels et historiques – présente dans la traduction correspond à celle du texte original. Notre analyse portera donc sur le texte polonais, mais aussi sur les paratextes. Nous chercherons à déterminer s’ils contiennent des informations qui explicitent le contexte historique décrit dans le roman. Ensuite, nous examinerons les techniques de traduction utilisées pour rendre les emprunts au néerlandais, qui sont nombreux dans l’original. Enfin, nous relèverons les passages qui s’écartent particulièrement de l’original, surtout ceux qui concernent des références à la culture et à l’histoire de la Flandre. Avant de passer à la comparaison du texte original et de sa traduction, nous rappellerons le contexte historique et social dans lequel le roman de De Coster a vu le jour.

La Belgique est devenue un pays indépendant en 1830. L’une des premières préoccupations du nouvel État était de se créer une identité nationale, et pour ce faire, il fallait se rattacher à des moments importants de l’histoire susceptibles de réunir toute la société diversifiée du pays. Cette préoccupation a aussi trouvé son reflet dans la littérature. En 1835, le premier numéro de la Revue Belge a publié un Appel au public de Théodore Weustenraad. Il y revendiquait la création de lettres belges : « La Belgique, dit Weustenraad, a conquis son indépendance politique en 1830 ; il est temps qu’elle conquière également son indépendance littéraire… »[3].

Malgré cette conscience du besoin d’une littérature propre au pays, les premières créations littéraires appartenaient au genre du roman historique, qui était populaire à cette époque en France. Les auteurs (par exemple, Jules de Saint-Genois) situaient l’action de leurs romans au XVIe siècle, époque où les Flamands s’étaient révoltés contre l’autorité du roi d’Espagne sur leur terre[4]. Ils rappelaient les insurrections pour la liberté – les révoltes des gueux de mer et du peuple luttant pour ses droits. Mais les critiques reprochaient aux auteurs un manque d’originalité ainsi que la falsification de certains faits historiques dans leurs romans[5].

Finalement, en 1867, Charles De Coster a publié chez l’éditeur Lacroix et Verboeckhoven La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs, roman historique, mais en même temps roman picaresque et œuvre inhabituelle contenant aussi des éléments typiques de la littérature fantastique. Le protagoniste, Thyl Ulenspiegel, n’a pas été inventé par De Coster : ce personnage provient du folklore allemand. Il est aussi présent, entre autres, dans la littérature flamande et polonaise[6]. De Coster, fils d’une Wallonne et d’un Flamand, était bilingue et connaissait très bien le folklore et l’histoire de la Flandre. Ce folklore avait d’ailleurs été la source d’inspiration de ses deux premiers romans, Les contes brabançons et Les Légendes flamandes[7]. Dans les années 1850, il avait fondé et en était devenu le rédacteur en chef, la revue Uylenspiegel, qui a joué un grand rôle dans la création de l’identité nationale[8].

L’action de La Légende se passe aussi au XVIe siècle, sous le règne des rois d’Espagne Charles Quint et Philippe II. Mais ce qui distingue cet ouvrage des romans historiques précédents, c’est la langue spécifique utilisée, qui s’inspire du français du XVIe siècle des romans de Rabelais. Cette langue toute spéciale, archaïsée, a fait l’objet de nombreuses études et critiques. Certains ont reproché à De Coster de pasticher le français du XVIe siècle en l’enrichissant de quelques néologismes[9]. Mais, comme le souligne Jean-Marie Klinkenberg, auteur d’un ouvrage consacré à la langue de La Légende, la question de la langue du roman est plus complexe. « Chez De Coster, le style c’est l’archaïsme »[10]. L’archaïsme est manié de telle sorte qu’il devient la base de l’œuvre autour de laquelle s’organisent tout le texte et ses éléments : depuis le dialectisme jusqu’au flandricisme[11]. « Rien n’était laissé au hasard : chaque archaïsme est préparé, possède des répondants »[12]. Quant aux flandricismes, selon Rainier Grutman, « [e]n accueillant le flamand dans un texte français, De Coster simule et stimule le rapport dynamique entre deux langues appelées à se côtoyer, à s’entrecroiser, à se mélanger »[13]. Grutman indique certaines ressemblances entre La Légende et Het aerdig leven van Thyl Ulenspiegel de Franciscus Ignatius Vinck qui donnent l’impression de traductions de certains passages (bien que nous ne puissions pas les considérer comme traduction pure et simple)[14]. En outre, dans le roman, nous pouvons trouver des éléments fantastiques. Le protagoniste, Thyl Ulenspiegel, est tiré du patrimoine culturel des peuples du nord, qui était aussi connu en France.

Le roman est divisé en cinq livres. À part Ulenspiegel, les personnages principaux du roman sont Claes, son père, charbonnier de son état ; Soetkin, la mère de Thyl ; Nele, sa fiancée ; Katheline, la mère de Nele, et Lamme Goedzak, le compagnon d’Ulenspiegel. Au début, le roman s’annonce comme une farce et présente les facéties du protagoniste. Mais sa personnalité change au moment où Claes est condamné lors d’un procès d’Inquisition à être brûlé sur le bûcher pour ses sympathies protestantes. La mort de son père pousse Ulenspiegel, accompagné de son ami Lamme Goedzak, à s’engager auprès des gueux dans la lutte contre le pouvoir espagnol. Il devient bientôt un partisan qui lutte pour la liberté et l’indépendance de son pays.

Le roman ne connaît pas un grand succès et il ne sera apprécié qu’une décennie plus tard, par les représentants de la Jeune-Belgique. Dans son essai sur Les Lettres françaises de Belgique, Émile Verhaeren écrit à propos de La Légende :

Tout ce que le cœur retient de la rude beauté de la Flandre, tout ce que l’esprit thésaurise d’orgueil en lisant son histoire, tout ce que la vie quotidienne ajoute d’émotion et de charme au rêve des passés défunts, tout ce que l’âme a de clair, de doux, de bon et de vaillant en elle, Charles De Coster l’a inclus dans son poème. Ulenspiegel est le poète lui-même et le poète est toute une race. […] Il est indépendant de toute influence étrangère. Il n’est plus un reflet ; il est un miroir ; « Ik ben Ulen spiegel », disait Thyl à ceux qui entraient sous sa tente pour y voir inscrite leur façon d’être le passé et le futur. Je suis votre miroir. Ulenspiegel est le miroir de la Flandre[15].

La traduction polonaise a été publiée en 1914 chez Józef Pobóg. Le roman a été traduit (pour présenter le nom du traducteur, l’éditeur n’a pas utilisé le verbe « traduire », mais « spolszczyć » : « poloniser ») par Przecław Smolik (qui publiait aussi sous le pseudonyme de Czesław Wrocki), homme aux nombreux talents et activités, qui a fait des études de médecine et a travaillé comme psychiatre pendant la première décennie du XXe siècle. En 1922, avec Kazimierz Piekarski et Stanisław Witkiewicz, il a fondé à Cracovie la société des bibliophiles (Towarzystwo Miłośników Książki). En raison du conflit qui l’oppose aux conservateurs cracoviens – car il était lié aux milieux socialistes et anticléricaux – Smolik déménage à Łódź dans les années 1920, où il devient président du Département de l’éducation et de la culture de la ville. Le Musée d’histoire naturelle, le Musée d’ethnographie et de la préhistoire ainsi que le Musée d’histoire et d’art de Łódź sont créés sous son mandat. Il était propagateur de l’art moderne et grâce à son engagement, la ville possédait à l’époque la plus grande collection d’art moderne après celle d’Hanovre. Il a aussi fondé la première société de bibliophiles de Łódź. Il était auteur de publications sur l’art du livre ainsi que sur l’art moderne, et a publié des poèmes et des épigrammes[16]. Dans son activité de traducteur, à part La Légende d’Ulenspiegel, il a traduit une autre œuvre de De Coster, Les Légendes flamandes[17]. L’édition de La Légende de 1914 ne comporte que les deux premiers des cinq livres de l’original : à cause de la Grande Guerre, l’édition complète n’a pu voir le jour qu’en 1922, chez l’éditeur Ludowe Spółdzielcze Towarzystwo Wydawnicze.

Le roman est précédé d’une préface de Smolik dans laquelle le traducteur souligne que La Légende appartient aux chefs-d’œuvre des lettres belges et mondiales et décrit le contexte historique du XVIe siècle dans lequel se situe l’action du roman. Il explique aussi au lecteur l’origine de Thyl Ulenspiegel et sa présence dans les lettres européennes. Dans le dernier paragraphe de la préface, Smolik explique certaines de ses décisions de traduction :

Comme le roman original a été écrit par l’auteur en dialecte populaire du vieux flamand (sic), la présente traduction ne pouvait pas prétendre être fidèle [...] Enfin, le traducteur doit également ajouter, par souci d’exactitude, qu’il a supprimé de la traduction certains passages – très peu nombreux en fait – contenus surtout dans les livres trois, quatre et cinq, car ils présentaient moins d’intérêt pour le lecteur polonais et étaient trop éloignés du contenu du roman, tandis que le livre cinq a été fusionné au livre quatre – des changements qu’il a jugés bénéfiques pour soutenir le contenu et la continuité du roman, et qui ne devraient pas nuire à la valeur de l’œuvre[18].

La déclaration de Smolik comporte certains points qui appellent des commentaires. Tout d’abord, il faut revenir sur la langue originale du roman, qui n’a pas été écrit en « vieux flamand », mais en réalité en français archaïsé, imitant le français du XVIe siècle, inspiré de la langue de François Rabelais[19], même si le texte contient effectivement plusieurs mots et expressions néerlandais. Ce qui est aussi remarquable dans la préface de Smolik, c’est la suppression de chapitres. Soulignons que le choix de Smolik n’est pas un cas exceptionnel parmi les traductions de La Légende. Dans la traduction italienne du roman (publiée en 1942), le traducteur a supprimé un chapitre qu’il jugeait « épisodique, pas nécessaire au déroulement de la narration, mettant en scène des lieux équivoques et des scènes licencieuses »[20].

La comparaison de la traduction avec le texte original met en lumière de nombreuses suppressions de chapitres dans l’édition polonaise :

Livre Chapitres de l’original supprimés dans la traduction
I II, III, IV, XXIX, XXXI, XXXIII, XXXV, XXXVII, XXXIX, XL, XLI, XLVII, XLVIII, XLIX, L, LV, LVI, LVII, LIX, LX, LXI, LXIII, LXXI, LXXX, LXXXI, LXXXII, LXXXIII
En outre :
le chapitre V a été incorporé dans le chapitre I de l’édition polonaise,
le chapitre LIV a été raccourci.
II III, IV, IX, X, XV
En outre :
le chapitre II a été raccourci
III III, VI, IX, X, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXIV, XL, XLI
IV II, X, XIX, XXII
En outre :
le chapitre XIV a été raccourci et incorporé dans le chapitre I de l’édition polonaise
La suite des chapitres à partir du chapitre XVII de la traduction reprend les chapitres du livre V de l’original.
V II, V

Smolik explique son choix par des raisons liées au déroulement de la narration : il a jugé les passages supprimés peu importants pour l’action du roman. Ainsi, il a supprimé certains fragments qui décrivent le pèlerinage d’Ulenspiegel à Rome et ses épisodes de combats aux côtés des gueux. Cependant, le chapitre II du livre I, qui a aussi été supprimé, contenait l’entrée en scène de Lamme Goedzak, l’un des personnages principaux du roman, et les chapitres suivants, III et IV, présentaient l’enfance du protagoniste. Quant aux chapitres LXXX, LXXXI, LXXXII et LXXXIII, ils racontaient le procès de Claes par l’Inquisition, qui est pourtant un moment clé pour le protagoniste et pour tout le roman. Stanisław Przybyszewski a déploré certaines de ces omissions dans une lettre adressée au traducteur, datée du 5 janvier 1914 :

Je ne regrette que les chapitres que vous avez omis. Dans votre préface, vous écrivez que ces omissions n’ont pas grande importance, alors qu’elles contiennent des informations qui décrivent très bien l’époque, qui sont fort intéressantes et tournées avec beaucoup d’intuition artistique – par exemple, la scène où Katheline et Hans sont torturés[21].

Malgré cette omission, l’écrivain a apprécié le travail de Smolik : « Mais finalement, c’est peu important par rapport à ce que vous avez fait. Et c’était vraiment un grand défi de traduire De Coster »[22].

Les omissions sont un phénomène surtout fréquent dans les textes traduits aux XVIIIe et XIXe siècles[23], mais les traducteurs du XXe siècle ont, eux aussi, supprimé certains passages. C’est entre autres le cas de l’édition polonaise de Dombey et Fils de Dickens parue en 1914, la même année que La Légende[24]. Tadeusz Boy-Żeleński, la figure de proue des traductions polonaises des lettres françaises, a omis lui aussi certaines informations, telles que des détails héraldiques ou des allusions littéraires, par exemple la comparaison de Maxence, héros de La Rabouilleuse de Balzac et d’un héros de roman de Walter Scott[25].

Comme nous l’avons déjà signalé, l’éditeur a souligné que Przecław Smolik avait polonisé (spolszczył) le roman. Pour Zofia Szmydtowa, l’emploi de ce verbe signale ce qu’elle nomme un « facteur indigène »[26]. Le texte de Smolik est donc plus proche de la stratégie appelée la naturalisation, qui consiste à intégrer dans la traduction des valeurs critiques et des éléments typiques de la culture cible, la stratégie opposée étant l’exotisation[27]. Notre analyse montre que le traducteur a utilisé les deux stratégies. Les noms de deux protagonistes sont porteurs de sens. Ulenspiegel se réfère au hibou et au miroir[28]. Son équivalent polonais, Sowizdrzał, existait déjà grâce à la présence de ce héros dans les farces polonaises. Le nom Goedzak signifie une personne grosse, gourmande, bienveillante[29]. La traduction polonaise met l’accent sur l’apparence physique de Lamme : Brzuchacz (qui a un gros ventre). La Légende est riche en vocabulaire de la table : on y trouve des noms de plats et de boissons locaux, notamment la bière, qui aujourd’hui encore fait partie du patrimoine culinaire (et culturel) belge. Jean-Marie Klinkenberg pense qu’il est fort probable que De Coster s’est inspiré de l’Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique d’Alexandre Henne, qui était un proche ami de l’écrivain[30]. L’œuvre d’Henne évoque toute une liste de produits alimentaires disponibles en Flandre au XVIe siècle, qui aurait été adaptée par De Coster dans son roman. Dans le tableau ci-dessous, nous présentons quelques exemples de noms de bières et de plats décrits dans le roman. L’auteur a décidé d’employer dans la plupart des cas les noms néerlandais des spécialités en les écrivant en italique. De plus, il a glosé certains termes (comme dans l’exemple 5)[31]. Comparons le texte original et sa traduction :

aucune donnée Texte original Traduction polonaise
1 pinte de peterman de Louvain (p. 201) szklanica podwójnego piwa (V I, p. 231)
2 dobbel-knol d’Anvers (p. 237) podwójne piwo z Antwerpii (V II, p. 6)
3 cellier à cervoise (p. 30) kufa pełna piwa korzennego (V I, p. 18)
4 koekebacken dorées (p. 285) złociste pampuchy (V II, p. 61)
5 Je vendrai des eete-koecke & des olie-koecken; ce sont des crêpes & des boulettes de farine à l’huile (p. 304) Ja mogę sprzedawać faworki i placki smażone na oliwie ( V II, p. 85)
6 rystpap (p. 159) słodki ryż (V I, p. 186)

Nous pouvons observer que le traducteur a adopté le procédé qu’Antoine Berman nomme destruction des superpositions de langues[32]. Smolik a omis tous les termes néerlandais désignant les bières de l’époque. Il a traité de même les noms des spécialités locales comme les eete-koecke et les olie-koecken ou koekebacken. Dans le roman, les deux langues se mêlent, dans la traduction, il n’en reste qu’une.

Mais le néerlandais n’a pas complétement disparu. Dans les exemples 7 et 8, Przecław Smolik a décidé de remplacer les noms français par leurs équivalents néerlandais. Toutefois, dans le cas de la ville d’Alsemberg (selon l’étymologie néerlandaise, le nom signifie une montagne ressemblant à un cou), il a décidé de proposer un nom polonais.

aucune donnée Texte original Traduction polonaise
7 Bois-le-Duc (p. 268) Herzongenbusch (V I, p. 270)
8 Courtrai (p. 326) Kortrijck (V II, p. 93)
9 Alsemberg (p. 58) Koziogóra (V I, p. 56)

Dans l’exemple suivant (10), où il est question d’un sabbat de sorcières, nous remarquons que le traducteur a adopté la stratégie de naturalisation. Il a ajouté au texte un complément de lieu, Łysa Góra (Mont Chauve). Selon les légendes slaves, cette montagne située dans la région de Sainte-Croix était un lieu de sabbat[33].

aucune donnée Texte original Traduction polonaise
10 Combien de fois, lui dit-il, chevauchas-tu un balai pour aller au sabbat ? (p. 63) Ile razy latałaś na mietle na sejm czarownic na Łysej Górze? (V I, p. 51)

Dans les exemples 11 et 12 nous observons une autre technique adoptée par le traducteur : la note en bas de page. Dans le premier cas, il explique au lecteur que De Coster a rapporté les vraies paroles du duc, une explication qui n’apparaît pas dans l’original. Dans le deuxième cas, il a décidé de faire passer dans une note le texte néerlandais d’une des devises des gueux, qui dans l’original se trouvait dans le texte même.

aucune donnée Texte original Traduction polonaise
11 Berlaymont, qui fut plus tard si traître & cruel à la terre des pères, se tenait près de Son Altesse & lui dit, se gaussant de la pauvreté de quelques-uns des nobles confédérés : – Madame, n’ayez crainte de rien : ce ne sont que gueux (p. 193) Barlaymont, który stał się później zdrajcą i mordercą ziemi ojców swoich, stał pobok jej wysokości i rzekł do niej, dworując sobie z ubóstwa poniektórych szlachetnie urodzonych związkowych: – Wasza wysokość, nie lękajcie się niczego, wszakci to jeno gromada żebraków*
* Historyczne słowa hr. Barlaymonta: „Ce n’est qu’un tas de gueux” („To jeno gromada żebraków”), Gueux, żebracy; stąd spolszczone gezowie, jako imię własne rewolucyjnego „związku żebraków”, który zawiązała szlachta niderlandzka w 1566 r przeciwko dekretom króla Filipa II i inkwizycji, naruszającym swobody i przywileje kraju (V I, p. 161)
12 Et après cette victoire, les Gueux s’entredisaient : Als God met ons is, wie tegen ons zal zyn? « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Vive le Gueux ? » (p. 435) Po zwycięstwie tern mówili między sobą gezowie: „Gdy Bóg z nami, kto zdolen się ostać przeciwko nam?* Górą Gezowie”
* „Als God met ons is, wie tegen ons zal zijn?” (V II, p. 203)

Pour terminer, nous présenterons encore un passage particulier :

aucune donnée Texte original Traduction polonaise
13 Lamme voyant tant de femmes à la fois, brunes & blondes, fraîches & fanées, fut honteux ; baissant les yeux, il s’écria : Ulenspiegel, où es-tu ?
Il est très-passé, mon ami, dit une grosse fille en le prenant par le bras.
Très-passé ? dit Lamme.
Oui, dit-elle, il y a trois cents ans en la compagnie de Jacobus de Coster van Maerlandt (p. 298)
Gdy Maciek ujrzał tyle naraz półnagich dziewek, smagłych i jasnowłosych, świeżych i już przekwitłych, zawstydził się wielce, spuścił oczy ku ziemi i zawołał:
„Sowizdrzale gdzieżeś ty?...”
„On umarł, mój przyjacielu”, – rzekła gruba kurwa i ułapiła go za rękę.
„Umarł?” – zapytał.
„Tak”, – odpowiedziała kurwa. – Umarł przed trzystu laty w kompanji czcigodnego Jakóba de Coster z Maerlandtu i Piotra Smolika, co był bezwstydnym członkiem Rzeczypospolitej Babińskiej w Polsze” (V II, p. 76)

À part la vulgarisation (une autre tendance déformante décrite par Berman)[34] de « grosse fille » dans le texte polonais (« kurwa » signifie putain), le traducteur a placé son nom à côté de celui de De Coster, ainsi que le nom humoristique d’un pays fictif, Rzeczypospolita Babińska (la République des femmes). En fait, les traducteurs de l’époque non seulement supprimaient des passages dans leurs traductions, mais aussi en ajoutaient de nouveaux[35].

Pour conclure, la première traduction de La Légende a été amputée de plusieurs chapitres, et même des chapitres concernant le procès de Claes, alors qu’ils représentaient un moment de la narration très chargé d’émotions. Ce procédé était toutefois assez fréquent dans les traductions de l’époque, et Smolik ne fait pas exception. Ce n’est qu’en 1946 que l’édition complète (de Smolik lui-même) a vu le jour[36]. Quant aux emprunts du néerlandais, nous pouvons regretter qu’une partie des mots (surtout les noms de boissons et de spécialités gastronomiques) n’ait pas été gardée dans la traduction, bien que la présence de nombreux flandricismes soit l’une des caractéristiques du style du roman. Néanmoins, le contexte historique dans lequel se passe l’action de La Légende a bien été décrit dans la préface, et certains faits ont été expliqués dans des notes en bas de page. Enfin, le travail de Przecław Smolik et ses mérites dans la propagation des lettres belges en Pologne sont très certainement appréciables.


Autorzy

* Tomasz Zielnik , doctorant au département de traductologie à l’Institut d’Études Romanes de l’Université de Wrocław. Ses recherches concernent l’analyse des traductions polonaises de La Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster ainsi que la réception des traductions des lettres belges de langue française en Pologne.


Bibliographie

Berman, Antoine, « La traduction comme épreuve de l’étranger », Texte 4, 1985

Borowy, Wacław, „Dawni teoretycy tłumaczeń”, in O sztuce tłumaczenia, éd. M. Rusinek, Wrocław, Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1955

De Coster, Charles, Dyl Sowizdrzał: powieść historyczna (spolszczył Czesław Wrocki – Przecław Smolik), Kraków, Józef Pobóg, 1914

De Coster, Charles, La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs, Bruxelles, Paul Lacomblez, 1893

De Coster, Charles, Osobliwe przygody Dyla Sowizdrzała (tłumaczył Przecław Smolik), Łódź, Spółdzielnia Wydawnicza Książka, 1946

De Coster, Charles, Wesołe bractwo tłustej gęby: legendy flamandzkie. Przekład i przedmowa P. Smolika, Kraków, Książka Piękna, 1925

Dictionnaire Larousse, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/correspondance/19439, consulté le 20.09.2024

Falicki, Jerzy, Historia francuskojęzycznej literatury Belgów, Wrocław, Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1990

Grutman, Rainier, « Sors de mes yeux : le flandricisme comme (effet de) traduction dans La Légende d’Ulenspiegel », Textyles, 2019, n° 5

Grześkowiak, Radosław, Kizik Edmund, Sowiźrzał krotochwilny i śmieszny. Krytyczna edycja staropolskiego przekładu « Ulenspiegla », Gdańsk, Wydawnictwo Uniwersytetu Gdańskiego, 2005

Helsztyński, Stanisław, Stanisław Przybyszewski. Listy, Warszawa, Towarzystwo Przyjaciół Nauki i Sztuki w Gdańsku i Spółka Wydawnicza „Parnas Polski”, 1938, vol. 2

Jarniewicz, Jerzy, Tłumacz między innymi. Szkice o przekładach, językach i literaturze, Wrocław, Ossolineum, 2018

Klinkenberg, Jean-Marie, Style et archaïsme dans la Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster, Bruxelles, SAMSA Editions, 2017

Klinkenberg, Jean-Marie, « Une source méconnue de La Légende d’Ulenspiegel : L’Histoire du règne Charles-Quint d’Alexandre Henne », Textyles, 2023, n° 64

Matuszak, Grzegorz, „Zasługi Przecława Smolika. Łódzki promotor awangardy”, Kronika miasta Łodzi, 2017, 2(78)

Séverin, Fernand, Théodore Weustenraad, poète belge, Bruxelles, Éditions de la Belgique artistique et littéraire, 1914

Siwek, Ryszard, Od De Costera do Vaesa: pisarze belgijscy wobec niezwykłości, Kraków, Wydawnictwo Naukowe AP, 2001

Soncini, Fratta Anna, « Quand la Légende retourne à la légende. Les éditions italiennes de la Légende et leur histoire », Textyles, 2019, n° 54

Szmydtowa, Zofia, „Czynniki rodzime i obce w przekładzie literackim”, in O sztuce tłumaczenia, éd. M. Rusinek, Wrocław, Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1955

Teklik, Joanna, „Historia Belgii i jej (nie)obecność w literaturze”, in Belgiem być: fikcja i tożsamość we francuskojęzycznej literaturze Belgii (od końca XIX do początku XXI wieku), R. Bizek-Tatara, M. Quaghebeur, J. Teklik, J. Zbierska-Mościcka, Kraków, Universitas, 2017

Venuti, Lawrence, The Translator’s Invisibility. A History of Translation, London, Routledge, 2008

Wojtucka, Karolina, „Miejsca sabatów czarownic w epoce wczesnonowożytnej – ich znaczenie i topografia. Przyczynek do badań nad procesami o czary na Śląsku i Morawach”, Acta Universitatis Lodziensis. Folia Historica, 2020, n° 107

Woorden Nederlands Woordenboek, URL : https://www.woorden.org/woord/goedzak, consulté le 10.04.2025


Notes

  1. 1 Dictionnaire Larousse, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/correspondance/19439, consulté le 20.09.2024.
  2. 2 „Tajemnicą przekładu literackiego jest umiejętność oderwania się od tłumaczonego tekstu – nie po to, by tekst ten zniwelować czy go zlekceważyć, ale by go zwielokrotnić” (trad. française T. Z.), J. Jarniewicz, Tłumacz między innymi. Szkice o przekładach, językach i literaturze, Wrocław, Ossolineum, 2018, p. 14.
  3. 3 F. Séverin, Théodore Weustenraad, poète belge, Bruxelles, Éditions de la Belgique artistique et littéraire, 1914, p. 63, https://fr.wikisource.org/wiki/Livre:S%C3%A9verin_-_Th%C3%A9odore_Weustenraad,_po%C3%A8te_belge,_1914.djvu, consulté le 20.09.2024.
  4. 4 J. Falicki, Historia francuskojęzycznej literatury Belgów, Wrocław, Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1990, p. 121-123.
  5. 5 Ibid.
  6. 6 R. Siwek, Od De Costera do Vaesa: pisarze belgijscy wobec niezwykłości, Kraków, Wydawnictwo Naukowe AP, 2001, p. 40-41.
  7. 7 J. Teklik, „Historia Belgii i jej (nie)obecność w literaturze”, in R. Bizek-Tatara, M. Quaghebeur, J. Teklik, J. Zbierska-Mościcka, Belgiem być: fikcja i tożsamość we francuskojęzycznej literaturze Belgii (od końca XIX do początku XXI wieku), Kraków, Universitas, 2017, p. 25.
  8. 8 Ibid.
  9. 9 J.-M. Klinkenberg, Style et archaïsme dans la Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster, Bruxelles, SAMSA Editions, 2017, p. 27.
  10. 10 J.-M. Klinkenberg, Style et archaïsme…, p. 9.
  11. 11 Ibid., p. 623-624.
  12. 12 Ibid., p. 588.
  13. 13 R. Grutman, « Sors de mes yeux : le flandricisme comme (effet de) traduction dans La Légende d’Ulenspiegel », Textyles, 2019, n° 54, p. 25-49.
  14. 14 Ibid.
  15. 15 A. Soncini Fratta, « Quand la Légende retourne à la Légende. Les éditions italiennes de la Légende et leur histoire », Textyles, 2019, n° 54, p. 51-65.
  16. 16 G. Matuszak, „Zasługi Przecława Smolika. Łódzki promotor awangardy”, Kronika miasta Łodzi, 2017, 2(78), p. 35-45.
  17. 17 Ch. De Coster, Wesołe bractwo tłustej gęby: legendy flamandzkie, przekład i przedmowa P. Smolika, Kraków, Książka Piękna, 1925.
  18. 18 „Ze względu na to, że oryginał powieści napisanym był przez autora powieści w oryginalnej staroflamandzkiej, ludowej gwarze, przekład niniejszy nie mógł się kusić o dosłowną wierność […] Wreszcie winien jeszcze tłumacz dla ścisłości dodać, że opuścił w przekładzie niektóre – zresztą bardzo nieliczne – ustępy, zawarte zwłaszcza w księdze trzeciej, czwartej i piątej, jako dla polskiego czytelnika mniej interesujące i od treści powieści nazbyt odbiegające, księgę zaś piątą wcielił w księgę czwartą, – które to zmiany uważał za korzystne dla podniesienia zawartości i ciągłości powieści, i które dla wartości dzieła uszczerbku przynieść nie powinny” (trad. française T. Z.). Ch. De Coster, Dyl Sowizdrzał: powieść historyczna (spolszczył Czesław Wrocki – Przecław Smolik), Józef Pobóg, Kraków 1914, p. VII-VIII.
  19. 19 J.-M. Klinkenberg, Style et archaïsme…, p. 28.
  20. 20 A. Soncini Fratta, « Quand la Légende retourne à la Légende... », p. 51-65.
  21. 21 „Żal mi tylko opuszczonych rozdziałów – pisze Pan w swojej przedmowie, że to opuszczenie mało znaczące, a ono tymczasem bardzo charakterystyczne dla tła całej epoki – niezmiernie ciekawe, a przytem w największym stopniu artystyczną intuicją ujęte – wspólne torturowanie Katarzyny i Hansla” (trad. française T. Z.). in S. Helsztyński, Stanisław Przybyszewski. Listy, Warszawa, Towarzystwo Przyjaciół Nauki i Sztuki w Gdańsku i Spółka Wydawnicza „Parnas Polski”, 1938, vol. 2, p. 604.
  22. 22 „Ale ostatecznie to [brak niektórych rozdziałów] mało ważne wobec tego co kochany Pan dokonał. A to istotnie nie lada zadanie było tłómaczyć De Costera” (trad. française T. Z.). Ibid.
  23. 23 W. Borowy, „Dawni teoretycy tłumaczeń”, in O sztuce tłumaczenia, éd. M. Rusinek, Wrocław, Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1955, p. 30.
  24. 24 W. Borowy, Boy jako tłumacz, Warszawa, Instytut Wydawniczy Biblioteka Polska, 1922, p. 17.
  25. 25 W. Borowy, „Dawni teoretycy tłumaczeń”, op. cit., p. 30.
  26. 26 Z. Szmydtowa, „Czynniki rodzime i obce w przekładzie literackim”, in O sztuce tłumaczenia, op. cit., p. 112.
  27. 27 L. Venuti, The Translator’s Invisibility. A History of Translation, London, Routledge, 2008, p. 15.
  28. 28 R. Grześkowiak, E. Kizik, Sowiźrzał krotochwilny i śmieszny. Krytyczna edycja staropolskiego przekładu « Ulenspiegla », Gdańsk, Wydawnictwo Uniwersytetu Gdańskiego, 2005, p. XCV.
  29. 29 Woorden Nederlands Woordenboek, https://www.woorden.org/woord/goedzak, consulté le 10.04.2025.
  30. 30 J.-M. Klinkenberg, « Une source méconnue de La Légende d’Ulenspiegel : L’Histoire du règne Charles-Quint d’Alexandre Henne », Textyles, 2023, n° 64, p. 145-160.
  31. 31 J.-M. Klinkenberg, Style et archaïsme…, p. 109-110.
  32. 32 A. Berman, « La traduction comme épreuve de l’étranger », Texte 4, 1985, p. 79-80.
  33. 33 K. Wojtucka, „Miejsca sabatów czarownic w epoce wczesnonowożytnej – ich znaczenie i topografia. Przyczynek do badań nad procesami o czary na Śląsku i Morawach”, Acta Universitatis Lodziensis. Folia Historica, 2020, n° 107, https://doi.org/10.18778/0208-6050.107.07, consulté le 23.09.2024.
  34. 34 A. Berman, « La traduction comme épreuve… », p. 73-74.
  35. 35 W. Borowy, „Dawni teoretycy tłumaczeń”, op. cit., p. 30.
  36. 36 Ch. De Coster, Osobliwe przygody Dyla Sowizdrzała (tłumaczył Przecław Smolik), Łódź, Spółdzielnia Wydawnicza Książka, 1946.