Entre résonances et héritages : les correspondances littéraires dans Vie et mort d’un étang de Marie Gevers et Il pleut dans ma maison de Paul Willems
https://orcid.org/0009-0007-7955-1305
Université Marie Curie-Skłodowska
karolintym998@gmail.com
RÉSUMÉ
L’œuvre de Marie Gevers et Paul Willems propose un regard poétique et philosophique sur la nature. À travers l’eau, les paysages et le rythme cyclique du temps, ils offrent une réflexion sur la condition humaine, la mort, et la beauté fragile de l’existence en harmonie avec le monde naturel. Vie et mort d’un étang (1950) de Gevers et Il pleut dans ma maison (1962) de Willems se distinguent non seulement par leur capacité à donner voix à la nature, mais aussi par les correspondances subtiles qui instaurent un dialogue entre leurs œuvres. L’article propose une analyse de ces œuvres de Gevers et de Willems en s’appuyant sur la perspective écopoétique et sur des courants philosophiques anciens et modernes. Il met en lumière la manière dont ces auteurs confèrent à la nature un rôle central et autonome dans leurs récits.
MOTS-CLÉS – nature, étang, littérature belge, réalisme magique, écopoétique
Between Resonances and Legacies: Literary Correspondences in Vie et mort d’un étang by Marie Gevers and Il pleut dans ma maison by Paul Willems
SUMMARY
The work of Marie Gevers and Paul Willems offers a poetic and philosophical perspective on nature. Through water, landscapes, and the cyclical rhythm of time, they offer a reflection on the human condition, death, and the fragile beauty of existence in harmony with the natural world. Gevers’s Vie et mort d’un étang (1950) and Willems’s Il pleut dans ma maison (1962) are distinguished not only by their ability to give voice to nature, but also by the subtle connections that establish a dialogue between their works. This article offers an analysis of these works by Gevers and Willems, drawing on the perspective of ecopoetics, and ancient and modern philosophical movements. It highlights how these authors give nature a central and autonomous role in their narratives.
KEYWORDS – nature, pond, Belgian literature, magical realism, ecopoetics
Quand le bonheur fuira,
ce sera comme pour l’étang,
il ne vous en restera au cœur que les reflets[1].
En tant qu’entité ontologique indépendante, la nature a été, dès l’époque moderne, un objet majeur de réflexion philosophique, notamment initiée par Jean-Jacques Rousseau. Dans son système de pensée, la nature représente un état de bonheur primordial, pur, non contaminé par l’influence de la culture ou de la civilisation.
Marie Gevers et Paul Willems, figures marquantes de la littérature belge d’expression française, incarnent cet héritage culturel moderne, où l’observation du monde naturel, idéalisé, est intimement liée à l’exploration de l’âme humaine et de sa quête de perfection morale.
La fascination pour la nature et la quête d’une inspiration poétique en son sein trouvent leurs origines dans l’éducation singulière reçue par les deux auteurs. Elle se caractérisait par un contact intime, attentif et quotidien avec la nature, mais aussi par un enracinement dans le monde des livres. Le tout s’est déroulé dans une atmosphère empreinte d’amour familial, d’acceptation et d’ouverture : valeurs chères à Rousseau et fortement mises en avant dans Émile.
Vie et mort d’un étang (1950) de Gevers et Il pleut dans ma maison (1962) de Willems se distinguent par leur capacité à donner voix à la nature. Dans leurs textes, les auteurs abordent des thèmes récurrents, tels que la symbiose entre l’humain et l’environnement, ainsi que la confrontation entre la durabilité des éléments naturels et la fragilité de l’existence humaine. Ces liens révèlent une sensibilité commune à la beauté des paysages, au cycle des saisons et à la puissance dynamique du changement élémentaire, en particulier l’eau.
Cet article propose d’analyser la manière dont Willems et Gevers représentent la nature dans les deux œuvres mentionnées. Pour ce faire, l’étude s’appuie sur la perspective écopoétique, ainsi que sur la question de la nature dans plusieurs systèmes philosophiques choisis, ce qui nous permettra de saisir comment ces auteurs belges ont inscrit leurs récits dans une tradition littéraire mémorable et profondément ancrée.
1. La question de l’écopoétique
Les œuvres littéraires de Gevers et de Willems sont marquées par la fascination et le respect pour la nature, ce qui, à notre avis, trouve son reflet dans l’écopoétique. Ce courant de critique littéraire s’inscrit dans l’écocritique, initié en 1974 par l’écologiste américain Joseph Meeker[2]. L’émergence de l’écopoétique est liée à la prise de conscience écologique croissante de l’homme moderne et à la nécessité de prendre soin de la nature pour les générations futures.
Selon Julien Defraeye et Élise Lepage l’écopoétique « se donne pour objectif d’étudier la représentation littéraire des liens entre nature et culture, humain et non-humain »[3] et Sara Buekens note que « le projet de l’écopoétique reste avant tout littéraire et vise à interroger les formes poétiques par lesquelles les auteurs font parler le monde végétal et animal »[4]. Ces thèmes sont signalés dans Il pleut dans ma maison et Vie et mort d’un étang où la nature apparaît comme presque sauvage et vivant selon ses propres lois. Les êtres humains, quant à eux, n’interviennent pas, ou le moins possible, afin de la transformer, et vivent en accord avec les règles qu’elle dicte.
De plus, Renata Jakubczuk affirme que Willems « prône une vie en accord avec la nature, qui se caractérise par le respect de l’environnement : de la faune et de la flore, de l’eau et de la terre »[5]. C’est pourquoi elle le qualifie d’« [é]cologiste avant la lettre »[6]. Marie Gevers, pour sa part, est décrite par Cynthia Skenazi comme une écrivaine qui « porte un tel amour à la botanique qu’elle recueille même les légendes de fleurs »[7]. Dès lors, on comprend pourquoi les œuvres de ces deux écrivains s’inscrivent de manière naturelle dans l’écopoétique.
En abordant la question de cette perspective de recherche dans les deux œuvres analysées, nous souhaiterions attirer l’attention sur la centralité de la nature. Alexandre Gefen insiste sur ce point et souligne que « “la géopoétique” [...] ou “l’écopoétique” restent centrées [sur] les représentations de l’environnement »[8]. Chez Gevers et Willems, la nature constitue presque une condition sine qua non de l’écriture : leurs récits s’articulent autour d’elle, et les événements les plus marquants qui s’y déroulent trouvent en elle leur origine directe.
Nous souhaitons également mettre en lumière un autre aspect de l’écopoétique qui apparaît dans ces deux œuvres : la notion de lenteur, que Pierre Schoentjes identifie comme une caractéristique essentielle des textes de cette perspective[9]. Ainsi, il observe que « mettre l’accent sur la lenteur signifie pour beaucoup d’écrivains rapprocher l’humain du reste du vivant »[10]. L’idylle de la vie rurale a été proclamée par Rousseau dans ses traités philosophiques, et son expression la plus significative se trouve dans Les Confessions :
La campagne était pour moi si nouvelle, que je ne pouvais me lasser d’en jouir. Je pris pour elle un goût si vif, qu’il n’a jamais pu s’éteindre. Le souvenir des jours heureux que j’y ai passés m’a fait regretter son séjour et ses plaisirs dans tous les âges, jusqu’à celui qui m’y a ramené[11].
Ainsi, ces deux aspects, la centralité de la nature et la lenteur, structurent notre analyse, à travers laquelle nous cherchons à comprendre la manière dont la nature est représentée chez Willems et Gevers.
1.1. Marie Gevers et le réalisme du concept de la nature
La nature constitue le cœur de l’œuvre littéraire de Marie Gevers, en raison de son enfance atypique passée à Missembourg : c’est là qu’elle apprenait à mieux comprendre le monde et façonnait sa sensibilité intérieure. Anne Janmart remarque que la romancière connaît « [l]’émerveillement devant la nature, [...] depuis l’enfance »[12] et Alberte Spinette note que « [s]es parents lui avaient donné l’amour des arbres, des plantes [et] des étoiles »[13]. Même Paul Willems était conscient de l’impact profond que ce lieu avait eu sur la personnalité littéraire de sa mère :
L’œuvre de Marie Gevers est liée si étroitement à Missembourg qu’il y a une véritable osmose entre elle et la vieille maison, le jardin, les arbres, la pluie, les roses, les oiseaux, le brouillard, les bourgeons, la neige, les quatre vents du ciel ainsi que les parfums. J’oubliais : l’étang ?[14]
Ainsi, Gevers fait de la nature l’essence même de son œuvre littéraire, la plaçant au cœur de Vie et mort d’un étang. Elle excelle à la peindre avec une délicatesse sensorielle et des images d’une rare intensité. Ainsi, le lecteur a l’impression que la nature constitue le véritable personnage principal du roman, et non un simple décor en toile de fond :
En attendant septembre chauffait délicieusement les éteules sur les champs, les fruits dans les arbres. A peine si au lever du jour une légère buée permettait au soleil de lancer quelques rayons dorés à travers les arbres encore verts et joyeux. Tous les parfums de septembre s’en donnaient. Ils viennent surtout de champs où l’on se hâte tant des labourer, l’août fait[15].
Dans Vie et mort d’un étang tout élément ou description relatif aux personnages occupe un rôle secondaire. Même si l’auteure attire l’attention sur certains événements spécifiques, ceux-ci se déroulent toujours au sein de la nature :
Alors, tandis que Robert continuait à appeler, nous, l’oreille à terre, nous tentions de localiser l’endroit du conduit ou le chien se trouvait coincé. Enfin, on détermina un certain point à mi-chemin entre l’entrée et la sortie de la conduite d’eau. Gros-Louis et Robert creusaient à tour de bras… (VM, 33)
Gevers propose un modèle de relation basé sur le respect et la coexistence, où l’environnement demeure le centre, et les personnages n’en sont que des acteurs périphériques : les observateurs ou les gardiens.
D’ailleurs, l’auteure dote la nature d’une personnalité propre, animant ses éléments et leur conférant des traits humains. Le vent, par exemple, peut « se fâcher » ou « être fatigué » et la lumière du soleil semble dialoguer avec l’eau (VM, 15). Ces descriptions donnent l’impression que la nature communique et interagit activement avec les gens. Ce phénomène est particulièrement visible dans l’exemple de la pluie, que l’auteure transforme en une voix de la nature, qui dialogue avec les êtres vivants : « Si je ne pouvais pas la voir, cette tranquille pluie de la nuit de printemps, puisqu’elle se cachait dans les ténèbres, je savais bien où elle habitait quand elle n’occupait pas les espaces du ciel » (VM, 18).
L’aspect de la lenteur dans ce roman se manifeste à travers les descriptions du monde naturel, que Gevers dépeint en respectant son rythme propre, sans précipitation. Les transformations de l’étang éponyme sont présentées comme des processus inscrits dans la durée, échappant à toute urgence. Ainsi, la lenteur devient une forme d’hommage aux cycles biologiques et spirituels de la nature :
Le nez aux fenêtres, du côté de l’étang, et jusqu’au dernières lueurs du jour, nous observions les gouttières vomissant des cascades, et les vagues de l’averse se jetant avec des claquements goulus dans le bouillonnement de l’étang. Sous les gouttières, des feuilles de nénuphars furent déchiquetées. Les roseaux n’avaient pas encore atteint leur taille. Aigus et verts, ils pointaient leurs lances contre celles des nuages violents (VM, 64).
Gevers adopte une écriture poétique pour traduire la beauté et la richesse du monde sensible. Elle s’attarde sur de petits phénomènes : le miroitement de l’eau, le chant des oiseaux, la texture des plantes aquatiques, comme si chacun d’eux méritait à lui seul toute notre attention et notre contemplation. Son style, nourri de descriptions détaillées et atmosphériques, invite le lecteur à suspendre le temps.
En ce sens, la romancière fait de la lenteur un vecteur de réflexion. En observant les cycles de la nature et les métamorphoses qui s’y opèrent, elle tente de répondre aux grandes interrogations existentielles : celles liées à la fugacité et à la mort. Cette attention portée à l’éphémère suggère que la lenteur ouvre un accès à une expérience plus profonde du réel, et permet de percevoir la beauté dans les éléments les plus ordinaires de la vie.
La lenteur dans Vie et mort d’un étang apparaît ainsi comme une alternative au rythme effréné du monde moderne. Gevers montre que la vie peut devenir plus dense, plus savoureuse, lorsqu’elle s’aligne sur le tempo de la nature. Elle nous invite à adopter une posture d’humilité et d’émerveillement face à elle, car la nature reste, pour l’être humain, un guide précieux : sur la vie, sur la mort, et sur lui-même.
1.2. Paul Willems et l’idéalisation du concept de la nature
Dans Il pleut dans ma maison, Willems présente la nature dans les didascalies qui précèdent le premier acte, ce qui souligne sa position fondamentale. Il y décrit un domaine appelé Grand’Rosière, situé à l’écart de toute civilisation. Ses alentours sont envahis de rosiers luxuriants et non loin s’étendent de vastes étangs et des allées de charmes[16]. Le lecteur/spectateur a donc l’impression que la nature a peu à peu repris possession de cet espace, jusqu’à y imposer sa propre souveraineté.
La maison elle-même fait l’objet d’une description singulière :
Pièce au rez-de-chaussée d’une vieille maison de campagne en ruines. Au centre, un arbre dont les racines ont soulevé le parquet, dont la cime à crevé le plafond et dont les branches ont défoncé les fenêtres (PM, 75).
Ici l’arbre s’impose comme un élément majeur de la nature, constituant le point central du drame. L’un des personnages, Toune, le décrit en ces termes : « Il est très beau. Il tient toute la maison dans ses branches » (PM, 75). Cette perception de l’arbre met en lumière le lien profond qui unit les personnages à la nature, laquelle représente pour eux non seulement un soutien, mais aussi la source de leur existence.
Willems souligne également l’effacement progressif des frontières entre le monde extérieur, représenté par la nature, et le monde intérieur, c’est-à-dire la maison. Il se manifeste à travers l’herbe qui pousse à l’intérieur de la demeure, ou encore par la pluie qui s’infiltre à travers le toit :
BULLE. – [...] une partie de la pluie tombe dans le jardin, et l’autre sur le toit. La partie qui tombe sur le toit se divise en deux, l’une qui dégouline dans le gouttière, et l’autre qui... l’autre qui...
TOUNE. – S’introduit dans la maison (PM, 97).
Ce phénomène symbolise une fusion entre l’homme et la nature, mais aussi une certaine fragilité du monde construit par lui face à la puissance naturelle. Ainsi, Willems montre que l’homme ne domine pas la nature, mais il coexiste avec elle, parfois absorbé par sa force.
La nature d’Il pleut dans ma maison est aussi le reflet des problèmes internes et des émotions des personnages : elle influence directement leur état psychologique et les entraîne dans une méditation sur la solitude, la fugacité de la vie, et leur propre condition. Tous ces éléments soulignent la suprématie de la nature et son rôle central, non seulement dans cette pièce, mais dans l’existence humaine tout entière.
Willems montre l’aspect de la lenteur à travers la représentation de l’espace de Grand’Rosière. Le temps y coule paresseusement, à l’image de la pluie, qui s’infiltre lentement à travers le toit de la maison. Le style du dramaturge dans cette pièce est empreint de silences prolongés et d’une atmosphère onirique.
Ainsi, la lenteur devient une forme de résistance à l’accélération du monde moderne. Il s’agit là d’un procédé récurrent chez Willems, qui critiquait la vision d’un monde coupé de la nature. À ce sujet Renata Bizek-Tatara écrit:
Dans une contrée magique, coupée de la civilisation, où les habitants vivent en harmonie avec la nature, se dresse en opposition le monde urbain, fait de béton et de pierre, où règnent l’argent et les pires instincts humains. C’est de là que provient le mal [...], un mal qui profane ce havre vierge, détruit à jamais sa sérénité ancestrale et apporte le malheur à ses habitants[17].
Élevé dans l’esprit de la philosophie de Rousseau, Willems met en scène l’opposition fondamentale entre nature et civilisation. La nature, perçue comme source de bien, façonne l’être humain tant sur le plan moral que spirituel. À l’inverse, la civilisation, avec ses inventions et ses normes, restreint la véritable liberté de l’homme et devient une origine du mal.
La lenteur ne se limite pas à la description de l’action : elle reflète la manière dont les personnages perçoivent la réalité. Les héros qui vivent dans le domaine coupé du monde extérieur, n’ont presque aucun contact avec d’autres personnes ni avec la société contemporaine. Grâce à cet isolement, ils peuvent se concentrer sur leurs émotions et plonger dans une introspection profonde. Ainsi, la lenteur devient une forme d’exploration intérieure, un chemin menant à la compréhension des nuances du monde et de la vie.
En effet, ces personnages sont souvent absorbés par leurs réflexions, leurs rêves, mais surtout par leurs souvenirs du passé. Comme ils le disent eux-mêmes, Grand’Rosière est « un monde arrêté il y a cinquante ans… » (PM, 88), un lieu régi par des conditions que l’on ne retrouve nulle part ailleurs :
TOUNE. – Un jardin qui pousse en liberté… [...] Le silence des étangs et des marais… [...]
GERMAINE. – Le calme… (PM, 78)
Les personnages d’Il pleut dans ma maison n’agissent jamais dans la précipitation et ne cèdent pas à l’impulsivité. La seule exception est le moment de panique qu’ils ressentent lorsque Madeleine, la propriétaire du domaine, annonce son intention de le vendre. Mais même cette inquiétude se dissipe rapidement, dès que Germaine propose une solution pour éloigner les acheteurs potentiels. Le monde représenté retrouve alors son rythme lent et s’enveloppe de nouveau dans un voile de brume somnolente.
2. L’élément aquatique et ses caractéristiques
Parmi tous les éléments naturels présents dans les œuvres de Gevers et de Willems, l’eau occupe une place singulière et significative. À cet égard, nous souhaiterions examiner la fonction et la symbolique de l’élément aquatique dans les deux œuvres analysées. Pour en éclairer la présentation et l’interprétation, nous nous appuyons sur la méthodologie de Gaston Bachelard, convaincus qu’elle permet de comprendre la manière dont l’eau est envisagée chez Gevers. Par ailleurs, nous ferons appel à la pensée philosophique de Platon et de Démocrite d’Abdère, dont les échos résonnent dans la pièce de Willems.
Bachelard met en lumière le rôle fondamental de l’eau comme déclencheur de rêverie : « En rêvant près de la rivière, j’ai voué mon imagination à l’eau, à l’eau verte et claire, à l’eau qui verdit les prés »[18]. C’est précisément cette perception de l’élément aquatique que l’on retrouve chez Marie Gevers.
Dans Vie et mort d’un étang, l’eau est représentée avec une précision remarquable. Selon Daniela-Anastasia Pop, l’eau « prend les formes les plus variées dans l’œuvre de Marie Gevers, y devenant tout un symbole, lié à l’être humain rêveur »[19], donnant ainsi naissance à un pacte implicite entre l’étang et la romancière. Georges Sion, quant à lui, souligne que, même après la mort symbolique de l’étang, « il suffisait à Marie Gevers de mobiliser sa mémoire pour que l’étang frissonne de ses eaux, pour qu’il retrouve [...] les amours de tous ceux qui vivaient avec lui » (VM, 8-9). La première partie du roman, intitulée L’Étang, montre à quel point l’auteure est attachée au passé et aux souvenirs d’enfance et de jeunesse. Grâce à des descriptions riches et évocatrices, le lecteur a véritablement l’impression que la narratrice revit les événements dont elle se souvient.
De plus, Dominique Ninanne écrit que : « [l]’alliance des arbres et de l’étang est voie d’immersion dans un monde intérieur et onirique. Les espaces clos de l’île et de l’étang bordé d’arbres enserrent les rêves »[20]. Ainsi, du fait de sa proximité avec l’élément aquatique et à la relation intime qu’elle entretient avec lui, la narratrice peut s’immerger dans un monde de rêve qui n’est accessible qu’à elle seule.
Néanmoins la narratrice ne se limite pas à la rêverie : en observant l’étang, elle y perçoit le reflet de son propre état émotionnel. Ainsi, la surface de l’eau agit à la manière d’un miroir de l’âme et du subconscient : elle reflète non seulement l’image du monde extérieur, sa beauté, son mystère, mais elle sert aussi de passage vers une plongée en soi :
Le vent léger balançait leurs reflets, la barque bougeait sous ma rame, l’eau m’entourait de plis délicats. Tout était mouvement, oscillations, comme un cœur de jeune fille, comme un désir de jeune homme... et puis, soudain, un vent plus fort, inattendu brouillait toute image, supprimait tout reflet (VM, 27).
L’étang est également un lieu de contemplation sur les thèmes de la fugacité et de la mort, comme en témoigne le titre même du roman. Gevers souligne que, soumis aux aléas climatiques, l’étang naît et meurt à plusieurs reprises : l’eau qui le compose augmente ou diminue jusqu’à ce que le site s’assèche complètement, ne laissant derrière lui que la nostalgie et le souvenir.
Ce phénomène attire l’attention du lecteur non seulement sur les cycles naturels auxquels la nature est soumise, mais aussi sur leur caractère éphémère, qui résonne avec la condition humaine. Murielle Briot souligne la dimension de la mort dans cette partie du récit : « c’est du deuil qu’on parlera, avec l’émouvante hésitation de qui cherche, par l’écriture, à relever de la mort le désir de vivre »[21]. L’étang devient ainsi le point d’origine et le terme et même après sa disparition, il demeure vivant dans la mémoire.
À cet égard, l’étang peut être vu comme un maître silencieux, un élément méditatif qui permet à la narratrice de se confronter à l’idée de la mort : la sienne et celle de ses proches. Cette fonction symbolique prend tout son sens dans la deuxième partie du roman, intitulée La Cave, où l’auteure évoque la perte de son fils aîné et de son mari.
Dès l’enfance, la narratrice se questionne sur la mort et la perte, et réfléchit à ces thèmes à la suite du décès de son frère :
Une immobilité miraculeuse isolait la petite barque sur l’eau. [...] J’avais les yeux levés droit vers le ciel. Où donc allaient les morts ? Dans cette immensité ? Me retournant, le visage penché sur l’eau, par-dessus le bordage de la barque, je regardai alors le ciel dans l’eau, dans ce miroir où le tain noir que formait la vase donnait aux choses un reflet plus sombre... Où, où donc allaient les morts ? (VM, 22)
Selon Bachelard « pour certaines âmes, l’eau tient vraiment la mort dans sa substance »[22]. C’est précisément cette perception que l’on retrouve dans l’œuvre de Gevers, où l’étang reflète à la fois les forces de vie et de mort, la continuité et la transformation. À travers son destin, sa « vie » et puis sa « mort » définitive, Marie Gevers aborde des thèmes universels tels que le passage du temps, l’interdépendance entre l’homme et la nature, ainsi que l’inéluctable fin de toute existence.
La représentation de l’élément aquatique dans Il pleut dans ma maison de Willems semble profondément influencée par sa formation philosophique, acquise au cours de ses études[23]. Ici l’eau se manifeste principalement sous la forme de la pluie, évoquée dès le titre.
La pluie crée dans ce drame une atmosphère de suspension, où les frontières entre le réel et l’imaginaire deviennent floues, voire perméables. Ainsi la pluie devient un vecteur du rêve : une fonction évoquée par Bachelard : « [l]es signes précurseurs de la pluie éveillent une rêverie spéciale, une rêverie très végétale »[24]. Dans ce drame, la pluie prend ainsi des allures de musique de fond : son murmure constant enveloppe les personnages, et le lecteur/spectateur, dans un état de douce transe. Dans ce rythme alangui, il devient naturel de dériver vers les songes, les souvenirs, les fantasmes.
De plus, la pluie agit comme un passage vers une autre dimension : plus intérieure, plus émotionnelle. Elle permet aux personnages d’explorer les profondeurs de leur être et d’écouter leurs pensées. La pluie n’est pas un phénomène dramatique ou violent, mais apaisant, comme si elle suspendait le cours du temps pour offrir un espace propice au ralentissement et à l’introspection.
La pluie symbolise également les émotions qui tourmentent les habitants de Grand’Rosière. Elle devient le reflet des états intérieurs des personnages : mélancolie, solitude et parfois même désir ou confusion. Les fissures dans les murs causées par l’humidité fonctionnent comme une métaphore des failles dans leurs relations, tandis que l’incapacité à arrêter la pluie suggère une perte de contrôle sur leur propre destin – un sentiment qui culmine lorsque Madeleine annonce son intention de vendre le domaine.
Il convient également de prêter attention au second élément aquatique qui apparaît dans la pièce de Willems : l’étang. Il se manifeste notamment dans la scène où Bulle et Thomas le traversent en péniche afin d’en capter les reflets, qu’ils utilisent ensuite pour décorer la maison. Cette scène revêt des connotations philosophiques subtiles. L’étang est avant tout un lieu de reflets : reflets de nuages flottant dans le ciel, de branches d’arbres agitées par le vent, ou encore des visages de ceux qui s’y contemplent. Il devient ainsi un espace de médiation entre deux dimensions : le monde physique et le monde métaphysique. Le monde sensible, dès lors, n’est que le reflet du monde invisible et intelligible.
Willems renforce cette vision en écrivant que « là-bas est le reflet d’ici » (PM, 139), exprimant une perspective inspirée du dualisme ontologique de Platon. Ce dernier considérait le monde perçu par les sens comme une copie du monde des Idées, façonné par le Démiurge. Ce monde idéal, en tant que création d’un dieu bon, est intrinsèquement bon et beau. Il s’agit là d’un des systèmes philosophiques ayant le plus marqué Willems au cours de ses études de philosophie antique, car on retrouve dans son écriture un intérêt manifeste pour le langage imagé de Platon.
Il est également intéressant de s’attarder sur le dialogue entre Bulle et Thomas dans cette scène, car il contient des échos d’une autre pensée philosophique. Thomas tente d’interroger l’homme âgé afin de comprendre les paroles et le comportement de sa bien-aimée Toune, qui lui demeurent mystérieux :
THOMAS. – Tu comprends Toune ? [...] Quand elle parle, les mots signifient autre chose que ce qu’ils signifient. [...] Elle dit : il y a une armoire dans le coin, et il n’y a pas d’armoire (PM, 82).
La surface calme de l’étang symbolise ici l’état d’une âme tournée vers l’introspection. L’acte d’observer cet étang favorise cette intériorité et procure une forme de paix intérieure. Cette représentation rejoint la pensée de Démocrite d’Abdère, qui évoquait les ondulations paisibles des « délicats atomes de feu de l’âme ». Dans un tel état, l’âme, en tant que principe rationnel, peut alors dominer le « cœur déraisonnable » et le soumettre à la raison. En maîtrisant ses émotions, elle devient capable d’évaluer ses expériences avec lucidité, et, malgré leur intensité, laquelle provoque un mouvement désordonné des atomes de l’âme, elle parvient à rétablir une certaine harmonie dans leur agitation[25].
Ainsi, tout comme l’eau paisible de l’étang, l’âme possède ce pouvoir extraordinaire d’apaiser et de réguler, par la raison, les tumultes intérieurs. Observer les eaux tranquilles d’un étang permet à l’être humain de retrouver une harmonie intérieure et d’exercer un contrôle sur les émotions souvent confuses ou oppressantes.
3. En guise de conclusion
À travers Vie et mort d’un étang et Il pleut dans ma maison, la nature se révèle comme bien plus qu’un décor ou un simple cadre narratif : elle devient une présence vivante, autonome, et profondément signifiante. L’eau, en particulier, joue un rôle fondamental en tant qu’élément mouvant, transformateur, et souvent miroir de l’intériorité humaine. Chez Gevers, elle incarne le rythme cyclique du vivant, la fragilité de l’existence et la beauté de l’éphémère. Chez Willems, elle infiltre les murs, efface les frontières, et devient le signe tangible d’un monde suspendu dans le temps.
En s’appuyant sur des hypothèses de l’écopoétique ainsi que sur la pensée philosophique de Platon ou de Rousseau, l’analyse révèle que ces deux auteurs belges développent une vision de l’homme comme être en relation, et non en opposition, avec son environnement. La lenteur, la contemplation et la simplicité deviennent autant de moyens d’entrer en résonance avec les cycles naturels, et d’accéder à une forme de vérité existentielle.
Ainsi, Gevers et Willems proposent une littérature où l’écologie du regard se confond avec la quête de sens, et où la nature, notamment aquatique, apparaît comme un guide silencieux vers une compréhension plus profonde de la vie, de la mémoire et de la mort. Leurs œuvres, toujours d’une grande actualité, nous invitent à repenser notre place dans le monde vivant, à ralentir, à observer, et à nous laisser transformer par la sagesse discrète des paysages.
Autorzy
Bibliographie
Œuvres analysées
Gevers, Marie, Vie et mort d’un étang, Bruxelles, Éperonnier, 1996
Willems, Paul, Il pleut dans ma maison, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, 2018
Textes critiques
Bachelard, Gaston, L’eau et les rêves : Essai sur l’imagination de la matière, Paris, Librairie José Corti, 1942
Bizek-Tatara, Renata, Quaghebeur, Marc, Teklik, Joanna, Zbierska-Mościcka, Judyta, Belgiem być. Fikcja i tożsamość we francuskojęzycznej literaturze Belgii (od końca XIX do początku XXI wieku), Kraków, Towarzystwo Autorów i Wydawców Prac Naukowych „Universitas”, 2017
Hermann, Diels, Die Fragmente der Vorsokratiker, Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1903
Reale, Giovanni, Historia filozofii starożytnej. Tom 1 : Od początków do Sokratesa, Lublin, Wydawnictwo KUL, 2005
Willems, Paul, Un arrière-pays. Rêveries sur la création littéraire, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain UCL, 1989, n° 3
Willems, Paul, Vers le théâtre, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, 2004
Sources Internet
Briot, Murielle, « “Mais la cueilleuse de nénuphars demeure intacte...” », Revue des lettres belges de langue française TEXTYLES, 1997, n° 1-4, https://journals.openedition.org/textyles/1683, consulté le 31.03.2025
Buekens, Sara, « L’écopoétique : une nouvelle approche de la littérature française », Études de la littérature française des XXe et XIXe siècles, 2019, n° 8, https://journals.openedition.org/elfe/1299, consulté le 31.03.2025
Defraeye, Julien, Lepage, Élise, la présentation du terme « écopoétique », in Approches écopoétiques des littératures française et québécoise de l’extrême contemporain, 2019, vol. 48, n° 3, https://www.erudit.org/fr/revues/etudlitt/2019-v48-n3-etudlitt04741/1061856ar/, consulté le 31.03.2025
Gefen, Alexandre, « Les théories écologiques de la littérature : de l’écopoétique à la biocritique », L’horizon écologique des fictions contemporaines. Romanica Gandensia, 2022, n° 53, https://shs.hal.science/halshs-03913983/document, consulté le 31.03.2025
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Notes
- 1 M. Gevers, Vie et mort d’un étang, Bruxelles, Éperonnier, 1996, p. 85.
- 2 S. Posthumus, « Écocritique : vers une nouvelle analyse du réel, du vivant et du non-humain dans le texte littéraire » in Humanités environnementales, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2017, https://books.openedition.org/psorbonne/84380, consulté le 31.03.2025.
- 3 J. Defraeye, É. Lepage, la présentation du terme « écopoétique », Approches écopoétiques des littératures française et québécoise de l’extrême contemporain, 2019, vol. 48, n° 3, p. 7, https://www.erudit.org/fr/revues/etudlitt/2019-v48-n3-etudlitt04741/1061856ar/, consulté le 31.03.2025.
- 4 S. Buekens, « L’écopoétique : une nouvelle approche de la littérature française », Études de la littérature française des XXe et XIXe siècles, 2019, n° 8, https://journals.openedition.org/elfe/1299, consulté le 31.03.2025.
- 5 R. Jakubczuk, « L’artiste est un mouton qui se sépare du troupeau : le motif de séparation dans l’œuvre dramatique de Paul Willems », Romanica Cracoviensia, vol. 3, n° 23, https://ludzie.nauka.gov.pl/ln/profiles/18TaIqk1Fni/publications/7f61c3b2-3d2e-4bfa-8df1-43d5be2ef0a6, consulté le 31.03.2025.
- 6 Ibid.
- 7 C. Skenazi, « Marie Gevers et Jean-Jacques Rousseau : affinité ou héritage ? », Revue des lettres belges de langue française TEXTYLES, 1997, n° 1-4, https://journals.openedition.org/textyles/1672, consulté le 31.03.2025.
- 8 A. Gefen, « Les théories écologiques de la littérature : de l’écopoétique à la biocritique », L’horizon écologique des fictions contemporaines. Romanica Gandensia, 2022, n° 53, https://shs.hal.science/halshs-03913983/document, consulté le 31.03.2025.
- 9 P. Schoentjes, « Perspectives écopoétiques : écologie et écriture », Histoire de la recherche contemporaine, 2021, vol. X, n° 1, https://journals.openedition.org/hrc/5749, consulté le 31.03.2025.
- 10 Ibid.
- 11 J.-J. Rousseau, Les Confessions, 1782, https://ebooks-bnr.com/ebooks/pdf4/rousseau_les_confessions.pdf, consulté le 5.04.2025.
- 12 A. Janmart, « Marie Gevers et Max Elskamp : de la rue Saint-Paul aux arbres de Missembourg », Revue des lettres belges de langue française TEXTYLES, 1997, n° 1-4, https://journals.openedition.org/textyles/1670, consulté le 31.03.2025.
- 13 A. Spinette, « Marie Gevers ou les rythmes du monde », Revue des lettres belges de langue française TEXTYLES, 1997, n° 1-4, https://journals.openedition.org/textyles/1668, consulté le 15.11.2024.
- 14 Communication de Paul Willems à la séance mensuelle du 4 novembre 1989, https://www.arllfb.be/ebibliotheque/communications/willems041189.pdf, consulté le 20.11.2024.
- 15 M. Gevers, Vie et mort d’un étang, Bruxelles, Éperonnier, 1996, p. 78. Dans la suite, les citations tirées de cette œuvre sont indiquées par l’abréviation VM en italique, suivie du numéro de page, directement dans le texte.
- 16 P. Willems, Il pleut dans ma maison, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, 2018, p. 75. Dans la suite, les citations tirées de cette œuvre sont indiquées par l’abréviation PM en italique, suivie du numéro de page, directement dans le texte.
- 17 R. Bizek-Tatara, M. Quaghebeur, J. Teklik, J. Zbierska-Mościcka, Belgiem być. Fikcja i tożsamość we francuskojęzycznej literaturze Belgii (od końca XIX do początku XXI wieku), Kraków, Towarzystwo Autorów i Wydawców Prac Naukowych „Universitas”, 2017, p. 249 (Traduction par l’auteure).
- 18 G. Bachelard, L’Eau et les rêves : Essai sur l’imagination de la matière, Paris, Librairie José Corti, 1942, p. 19.
- 19 D. A. Pop, « Écrire et décrire l’eau. Rêveries contemplatives dans le roman Madame Orpha de Marie Gevers », Lublin Studies in Modern Languages and Literature, 2018, vol. 42, https://dlibra.umcs.lublin.pl/dlibra/publication/39484/edition/36225?language=pl, consulté le 20.11.2024.
- 20 D. Ninanne, « Mystères du réel dans l’œuvre de Marie Gevers. Motif de l’enchantement arborescent et processus d’écriture poétique », Études littéraires, 2020, vol. 49, n° 2-3, https://www.erudit.org/fr/revues/etudlitt/2020-v49-n2-3-etudlitt05500/1071489ar/, consulté le 31.03.2025.
- 21 M. Briot, « “Mais la cueilleuse de nénuphars demeure intacte...” », Revue des lettres belges de langue française TEXTYLES, 1997, n° 1-4, https://journals.openedition.org/textyles/1683, consulté le 31.03.2025.
- 22 G. Bachelard, L’Eau et les rêves… op. cit., p. 110.
- 23 P. Willems, Vers le théâtre, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, 2004, p. 12.
- 24 Ibid., p. 179.
- 25 H. Diels, Die Fragmente der Vorsokratiker, Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1903, fragments 114-110A, 191B, 140B. G. Reale, Historia filozofii starożytnej. Tom 1 : Od początków do Sokratesa, Lublin, Wydawnictwo KUL, 2005, p. 199-200.